Septentrion. Jaargang 10


auteur: [tijdschrift] Septentrion


bron: Septentrion. Jaargang 10. Stichting Ons Erfdeel, Rekkem 1981


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 i.s.m. 

Le journal d'Anne Frank



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Het Achterhuis (Les dépendances), journal qu'Anne Frank commença le 14 juin 1942, à l'âge de treize ans, et qu'elle tint jusqu'au 1er août 1944, est devenu après la guerre un des grands succès de librairie aux Pays-Bas. Paru en 1947, ce livre y a connu sa cinquante-huitième édition en 1979. Il a été traduit en plus de cinquante langues. En 1980, la traduction française, publiée sous le titre de Journal d'Anne Frank, a été rééditée.

[p. 92]

Comment expliquer ce succès? Anne Frank était-elle donc une enfant prodige? Loin de là. C'était une fille tout à fait normale, vive et gaie, en pleine adolescence. Elle avait réponse à tout et savait décocher les remarques les plus embarrassantes. Par ailleurs elle était intelligente et très studieuse. Dans le conflit permanent avec son entourage, par lequel elle ne se sentait guère comprise, et dans la lutte continue avec ellemême, Anne Frank se voyait obligée de parcourir toute seule la voie solitaire qui mène de la fillette à la femme, de l'enfant à l'adulte. L'enfant joueuse des premières pages en vient au bout d'un certain temps à une analyse très fine de sa propre situation, de sa relation avec ses parents et avec les autres habitants, de ses rêves et illusions, de son avenir et de la malédiction d'être Juive. C'est par cette exploration de sa propre âme que l'enfant parvient lentement à s'accepter elle-même et à mener une vie indépendante. Son journal, Anne Frank le tenait afin de voir clair en elle-même, car dans cette période éminemment difficile pour tout enfant, elle n'avait personne sur qui s'appuyer, même pas une amie de coeur à qui se confier. C'est pourquoi elle avait créé Kitty, personnage fictif à qui elle adressait ses lettres et dont elle espérait soutien et réconfort. Une ingénuité touchante, dans l'exploration de ses sentiments, une expression fraîche et authentique, tels sont les plus grands mérites de ce livre admirable. Pas la moindre pose: loin de songer à une publication éventuelle, la fillette se demandait qui pourrait jamais s'intéresser à ses rêveries.

Son cheminement vers l'âge adulte était lourdement hypothéqué par la guerre et par le fait qu'elle était contrainte à une vie clandestine, emprisonnée avec sept autres personnes, dans l'espace restreint des dépendances d'une maison. C'était le sort de nombreux Juifs néerlandais. En juillet 1942, ils avaient reçu l'ordre de se présenter afin d'être déportés aux camps de concentration. Ceux qui n'étaient pas prêts à [...] faire abattre comme des moutons, passèrent dans la clandestinité. C'est ce que fit la famille Frank qui avait fui l'Allemagne en 1933. Leur cachette, se trouvait au numéro 263 de la ‘Prinsengracht’ à Amsterdam, l'immeuble où est établie maintenant la Fondation Anne Frank, qui honore la mémoire de l'auteur du journal. C'est là qu'Otto Frank, le père d'Anne, avait installé son entreprise. Les Frank furent rejoints dans leur cachette par la famille de l'associé d'Otto, les Van Daan, et, après un certain temps, par une huitième personne. Tandis que l'entreprise continuait à fonctionner, les clandestins vivaient dans les dépendances de la maison, coupées du corps de bâtiment par une bibliothèque mobile qui camouflait l'escalier d'accès. Le 4 août 1944, à la suite d'une lâche dénonciation, les Allemands firent irruption dans l'immeuble, arrêtèrent tous les habitants et les déportèrent. Seul Otto Frank survécut au camp de concentration. Anne mourut en mars 1945 dans le camp de Bergen Belsen. Les Allemands n'avaient pas touché à son manuscrit, qui fut mis en lieu sûr par un intime des Frank, celui-là même qui leur avait apporté de la nourriture et de la lecture et qui avait assuré les contacts avec le monde extérieur. Après la guerre, sur le conseil de quelques amis, Otto Frank fit publier le journal, sous sa forme originale, à quelques passages près qu'il jugeait peu importants pour le lecteur. Otto Frank décéda en 1980. Il léguait le manuscrit à la ‘Rijksinstituut voor Oorlogsdocumentatie’ (l'Institut National pour la Documentation de Guerre). Un premier examen révéla qu'il avait procédé à plus de suppressions qu'on n'avait cru. Mais laissons ce travail aux critiques, dont les recherches ne modifieront pas fondamentalement la valeur du texte publié.

WERNER DUTHOY
Traduit du néerlandais par Raoul Sinjan.
Le Journal d'Anne Frank, traduit du néerlandais par Tylia Caren et Suzanne Lombard, Collection Mille Soleils, Editions Gallimard, 1980, 282 pages.