années 60, le caractère rituel de la musique répétitive depuis 1970 et la beauté sonore remplie d'émotion de la musique des années 80 et vous avez une explication à la plusvalue de sa musique.
Karel Goeyvaerts naquit en 1923 à Anvers. Pendant et après la deuxième guerre mondiale, il ne trouvait, dans sa ville natale, pas le moindre point de contact avec la musique moderne. Aussi partit-il en 1947 pour Paris, où il suivit au Conservatoire national supérieur les cours d'Olivier Messiaen (analyse) et de Darius Milhaud (composition). Goeyvaerts avait par ailleurs organisé à Anvers en 1946 le premier concert à l'étranger contenant de la musique de Messiaen (qui dirigea lui-même l'orchestre à cette occasion). Paris se révéla être une bonne terre nourricière: Goeyvaerts fut surtout fasciné par les tentatives de Messiaen d'arriver à une nouvelle conception d'organisation de la durée et du timbre dans la musique. Ce seraient d'ailleurs les cours d'analyse de Messiaen, d'une part, et les profondes analyses de partitions de Webern que Goeyvaerts avait faites seul, d'autre part, qui le conduisirent en 1951 à l'écriture sérielle. Hors des cours de Messiaen et de Milhaud, Goeyvaerts avait beaucoup de contacts avec de jeunes avant-gardistes tels J. Barraqué, P. Boulez, P. Henry ou avec des compositeurs de passage à Paris (comme J. Cage en 1949). Goeyvaerts garda durant toute sa vie de bonnes relations avec le milieu musical français. Ainsi composa-t-il en 1976 Pour que les fruits mûrissent cet été pour l'ensemble de musique ancienne Florilegium musicum de Paris et reçutil également des commandes de compositions de Radio France (Litanie IV, 1979) et de l'État français (Litanie V, 1982).
C'est par contre à Darmstadt que la réputation internationale de Goeyvaerts s'établit. Pendant les cours d'été annuels pour la musique nouvelle de 1951 et 1952, on discuta beaucoup des oeuvres de Goeyvaerts à cause de leur extrême nouveauté et ces oeuvres devinrent pour beaucoup de jeunes compositeurs de toute l'Europe des compositions exemplaires. A cause du comportement dominant de Stockhausen, Goeyvaerts disparut ensuite quelque peu de l'avant-plan et il n'eut jamais la grande carrière internationale qu'il méritait. Malgré les efforts d'organisations comme CeBeDem, qui publia presque l'intégralité de l'oeuvre de Goeyvaerts, et de musicologues comme Herman Sabbe, Goeyvaerts fut peu apprécié dans son propre pays, quoiqu'on l'appelât toujours le compositeur flamand le plus important. Il fallut ainsi attendre l'année 1992 pour qu'un CD consacré entièrement à son oeuvre, parût sur le marché. L'ensemble Champ d'Action réalisa ici une belle performance. Il y eut une forme de reconnaissance aussi de la part de l'Université catholique de Louvain, dont le département de musicologie invita Karel Goeyvaerts en 1992 à occuper la chaire ABB de musique nouvelle.

Karel Goeyvaerts (1923-1993).
Heureusement, l'oeuvre de sa vie, le projet d'opéra à grande envergure, Aquarius, auquel il travailla durant les 10 dernières années de sa vie, fut achevé in extremis. La ‘petite version’ passa déjà en 1990 en première aux Pays-Bas, mais il restait beaucoup de travail de composition à faire avant que la version intégrale pour grand orchestre symphonique, choeur mixte, 8 solos sopranos et 8 solos baritons fût complètement achevée. Aquarius, version intégrale, passe en décembre 1993 en première (Anvers et Bruxelles). C'est une oeuvre dotée d'énormes qualités lyriques: l'attente d'un monde meilleur dans l'ère du verseau y est exprimée de façon presque sacrale. La vision de la vie présente dans Aquarius n'est pas inspirée par de la naïveté; c'est que Goeyvaerts rencontra pour cela un peu trop de déceptions au cours de sa vie. Mais il s'agit bien d'un choix conscient pour une pensée utopique: Karel Goeyvaerts crut dur comme fer à