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Chanson

Air nouveau.

 
A L'ombre de ce verd Bocage
 
J'ay trouvé deux rares beautez
 
L'amour a formé leurs visages
 
Sur celuy des divinitez:
 
Mais à qui rendrai-je les armes,
 
Amour détermine mes voeux,
 
Elles brillent de tant de charmes,
 
Que je les aime toutes deux.
 
 
 
L'une est une blonde mourante
 
Qui me ravit par sa douceur,
 
Et l'autre une brune piquante
 
Dont les traits me percent le coeur:
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A qui faut-il rendre les armes,
 
Amour détermine mes voeux,
 
Elles brillent de tant de charmes,
 
Que je les aime toutes deux.
 
 
 
Incertain sur la préference,
 
Je ne puis fixer mes désirs,
 
Je sens bien que mon coeur balance
 
Du partage de mes soupirs:
 
Mais la blonde comme la brune,
 
Menchaînent par de si doux noeuds,
 
Qu'il faudroit pour n'en aimer qu'une,
 
N'en avoir vû qu'une des deux.
 
 
 
Mon coeur est toûjours la victime
 
De leur merite different,
 
Je me fais à moy-même un crime
 
Du double hommage que je rend;
 
Ainsi par une Loy cruelle
 
Je suis à la fin dans mes feux,
 
Perfide, volage, infidele,
 
Constant, sincere, & malheureux.
 
 
 
Si j'exprime à l'une ma flâme,
 
J'éprouve à l'instant malgré moy,
 
Que l'autre en couroux dans son ame
 
M'accuse de mauvaise foy:
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Charmante brune, aimable blonde,
 
Brune aux yeux noirs, blonde aux yeux bleus
 
En ma place personne au monde
 
Ne pourroit choisir de vous deux.
 
 
 
L'amour dans ces belles retraites
 
Vient pour enchanter tous les coeurs,
 
Chantons, célebrons les conquêtes
 
De ce grand vainqueur des vainqueurs;
 
Accordez bergers vos musettes
 
Avec vos tendres chalumeaux,
 
Que le bruit de vos chansonnettes
 
Réponde aux concerts des oyseaux.
 
 
 
J'ay long-tems senti sa puissance,
 
Mais je connois sa trahison,
 
Je retourne à l'indifférence
 
Qui me rend toute ma raison:
 
L'amour ni ses plus belles chaînes
 
Ne sçauroient tenter mes desirs,
 
Et pour être exempt de leurs peines,
 
Je les quite de leurs plaisirs.
 
 
 
Je suis peu touche de la gloire
 
Qu'on peut obtenir en aimant;
 
D'un amant qui s'en fait accroire,
[p. 35]
 
Je regarde en paix ce tourment:
 
Je suis toûjours dans l'esperance
 
De me garantir de ses traits,
 
Et grace a mon indiffetence!
 
Je goûte une agréable paix.

Réponse.

 
Quand Paris eût un choix à faire,
 
Fut-il si long-tems incertain,
 
Pour decider de telle affaire
 
Il est un facile chemin:
 
Avec que l'une & l'autre belle,
 
Goûtés les plaisirs de l'amant,
 
Et donnés la pomme fidelle
 
A qui vous rendra plus content.