15. Franse brief aan prinses Anne de Rohan369
A LA PRINCESSE ANNE DE ROHAN
MADAMOISELLE
Ce seroit une grande presomption de vouloir attribuër à mon merite, et non pas à vostre pure bonté, qu' il vous a plû de recevoir si gracieusement les offres de mon tres-humble service, et, qui plus est, de les recompenser d'une lettre de vostre main, laquelle porte autant de marques de vos illustres faveurs qu' elle a de lignes, et de periodes. Que si Mons. Rivet m'a peint d'un pinceau d'Appelles; et y a donné quelques beaux traits de son eloquence, il faut pardonner à l'affection d'un tel ami, lequel s'est servi, peut estre, de cest artifice, pour m'acquerir la vostre; d'autant qu' il n' y avoit pas d'apparence de pouvoir l'attirer par l'objet des choses vulgaires. Quoy qu' il en soit, puis que ny la loy de la prudence, ny celle de la sincerité ne me commandent de decouvrir une erreur, dont la cognoissance ne sçauroit accroistre le contentement de personne, mais bien diminuer le nostre, je n' ay garde de me defigurer moy-mesme, afin que pour une verité non necessaire, je ne coure hasard de perdre vos bonnes graces. C'est là un tresor, dont je fais plus d'estat que des richesses de l'Orient et de l'Occident. Et si je me le puis conserver, je seray riche et heureuse mesme parmy les disgraces de ce monde. A vray dire d'estimer et d'admirer vos divines qualitez pour l'amour d'elles mesmes, c'est un devoir, à qui la justice oblige generalement tous les hommes: Mais d'estre estimée d'une Princesse comme vous, c'est une pregorative, ou plustost une grace aussi rare qu'elle est desirée de tous ceux, qui ont accoustumé d'aspirer à des choses relevées. Or encores que je regarde la France il y a long temps comme une des plus belles parties de l'univers: et comme mere et nourisse de la sagesse, et de la vertu: si est ce qu'à present je l'ayme et l'honnore plus particulierement, pource qu' elle possede la gloire de nostre sexe: laquelle se communique si debonnairement à nos Provinces. Et s' il y a de la convenance entre les choses qui ont le mesme nom, (j'interprete ainsi vostre douce