- Depuis quelques semaines m'étant concerté avec quelqu'un qui pouvoit et vouloit seconder mes intentions, tous nos soins ont été employés non seulement à ramener les personnes dont le suffrage réuni pouvoit seul assurer la réussite de la besogne, mais encore à les disposer à entrer dans nos vuës actives et à suivre le plan qui paroissoit le meilleur. Il consistoit à s'assurer la prépondérance dans
la régence, et à faire solliciter le Prince directement ou sous main, de s'occuper de cette affaire, de faire faire des propositions à la Cour de Londres, etc.; or il ne falloit pour cela que lui faire connoitre sans se compromettre que la Régence ou la ville étoit fort disposée au rapprochement et que s'il pouvoit être pratiqué ayant pour base certaines propositions (qui toutes devoient être ensuite discutées dans la négociation) loin de s'y opposer, la ville y donneroit les mains.
Il a fallu beaucoup de temps pour faire tomber d'accord sur tous les points principaux, tous ceux dont le suffrage étoit nécessaire pour s'assurer de maitriser le reste des opinions, et ce n'étoit que peu de jours avant l'arrivée de l'Empereur que l'on avoit pu réunir les suffrages nécessaires et les faire convenir d'admettre pour base de négociation le renouvellement des traités, une satisfaction convenable sur les papiers de Laurens, et l'annulation totale ou ad tempus de l'article des munitions navales.
Quoique l'on espérât bien que la nouvelle tracasserie concernant le Duc de Brunswic ne feroit pas un obstacle à cette besogne, il est sûr néanmoins qu'elle en mettoit un à sa marche, qu'elle forçoit nos gens à une grande circonspection, et les empêchoit de faire aucune démarche directe; tandis donc qu'on s'occupoit à trouver un moyen terme qui put faire fructifier ces bonnes dispositions, l'Empereur est arrivé.
S.M. avoit témoigné d'avance desirer s'entretenir avec quelques Membres de la Régence; la première conversation fut longue et fort étendue.
Volgt een verslag van dit onderhoud, geheel overeenkomende met dat bij Rendorp.
Le même soir l'on écrivit de la Haye: ‘l'Empereur a dit ici à quelqu'un qu'il y avoit des ouvertures pour la paix sur le tapis à Amsterdam et nommément que cela étoit traitté par tel et tel.’ Cette nouvelle a fait la plus grande peine aux intéressés et nous a affligés sensiblement, non seulement parce qu'elle pouvoit nous compromettre, mais aussi parce qu'elle détruiroit tout le travail, forceroit à tout désavouer, et empêcheroit la réussite si désirable pour tous. En même temps l'on mandoit que probablement la résolution d'accepter la médiation passeroit malgré l'opposition d'Amsterdam. Car une des premières preuves de la vérité de leurs dispositions, et son premier effet, avoit été de s'opposer fortement à cette acceptation, afin de ne pas se lier. L'on résolut donc d'en parler encore fort ouvertement avec l'Empereur. Il répondit qu'il lui paroissoit en effet que cette médiation devoit être acceptée, qu'au reste cela ne les gêneroit point, n'empêcheroit point une négociation directe, ni même un traité définitif, etc.; sur quoi ces Messieurs crurent devoir lui faire l'honnêteté d'une chose qu'aussi bien l'on n'auroit pas pu empêcher, car le Prince et le Grand-Pensionnaire étoient pour l'acceptation. Sur ce qui nous regardoit, S.M. répondit qu'il étoit vrai qu'ayant su cela Elle en avoit parlé; mais ce qui est plus singulier, c'est que l'Ambassadeur de France et le vieux Baron de Reyschak avoient été les deux choisis pour faire cette confidence: il n'en dit mot au Prince dans ses longs
entretiens avec lui, et dans une demi-heure qu'il cause avec l'Ambassadeur de France il lui dit savoir cela, et lui nomme les individus, qui dans ce moment n'étoient connus de lui que par leur nom.
Il est aisé de sentir quelle impression a fait cette nouvelle sur des esprits assez timides, qui ont beaucoup de menagementsà garder, et qui croyent en avoir encore davantage; la crainte surtout que cela ne prit dans des bouches malintentionnées une forme, une consistance qu'il n'avoit point réellement, et qu'on ne qualifiât cela de négociation directe, tandis qu'il ne s'agissoit que de préparer une bonne chose, pour la rendre ministérielle et en assurer la réussite, cette crainte dis-je a tout bouleversé, et je dois avouer que connoissant comme je fais le stile de la France et ses usages dans de telles occasions, j'ai quelque lieu de m'attendre à quelque contre-coup venant de T[emminck]; et du reste ma plus grande peine dans ceci est le dérangement qui survient à un ouvrage qui me paroissoit si convenable aux deux Nations, et surtout au but que s'est proposé la Cour de Londres dans toute sa conduitte à l'égard de ce pays. Nos Messieurs ont résolu d'envoyer un d'eux chez le Grand-Pensionnaire afin de lui dire le fond de la chose en telle manière et avec une telle tournure que d'un côté l'on empêche de supposer qu'il y a une négociation entamée, mais aussi que de l'autre si le dit Pensionnaire a quelques bonnes vuës, il puisse tout naturellement s'assurer du concert de nos Messieurs et pousser cette besogne. Comme le Grand-Pensionnaire rendra sans doute compte de tout au Prince, si l'un et l'autre veulent suivre cette affaire, elle ne trouvera guères d'obstacles tout étant applani ici, mais s'ils ne remuent pas, c'est une preuve de leur peu de bonne volonté, et tout restera comme non avenu.
J'ajouterai encore que l'Empereur ne voulut point dire par où il avoit eu ces notions, et qu'il nous est impossible d'établir à cet égard des conjectures un peu fondées.
Een lijvig stuk, recapitulatie van al zijn vorige brieven, welks aanvang niets leert dat niet reeds uit Rendorps Memoriën bekend is. De vier artikelen deelt hij mede in deze volgorde:
| 1o. | l'accord d'une satisfaction à S.M. Britannique pour l'incident des papiers Américains. |
| 2o. | le renouvellement des traittés sauf les modifications convenables. |
| 3o. | la modification ou abolition de l'article concernant le libre transport des munitions navales. |
| 4o. | un arrangement convenable au sujet des prises et autres effets de la guerre. |
Quant au premier point, l'on pensoit qu'outre la satisfaction ou réparation verbale et convenuë, dont des députés seroient chargés auprès du Roy, l'on pourroit mettre les intéressés en jugement, et faire procéder
contr' eux par leurs juges naturels suivant les loix du pays. Quant au 3me article, j'avois le plaisir de voir qu'après bien des discours et des discussions nos Messieurs convenoient que non seulement on gagneroit à le céder pour obtenir la paix, mais encore qu'il seroit réellement avantageux pour l'Etat que cet article n'existât point, que c'étoit en soi-même un mal, et une source de maux, de sorte que relativement à l'avenir il seroit utile au pays que cette espèce de droit fut anéanti.
Les choses en étoient là, lorsque la médiation des Cours Impériales fut proposée aux Etats-Généraux. Nos Messieurs craignant que si elle étoit acceptée, ce ne fut un obstacle à la négociation particulière, chargèrent leur député à la Haye de s'y opposer absolument; ils espéroient d'autant plus réussir qu'ils comptoient sur la bonne volonté du Grand-Pensionnaire. Celui-ci en effet ne cessa de parler de paix et de s'en montrer désireux, ajoutant toujours qu'Amsterdam ne la vouloit pas. Cependant il opina pour qu'on acceptât la médiation, il avoit mis le Prince de son avis, et tout ce que put dire le représentant d'Amsterdam ne les fit pas changer, ni même admettre les modifications par lesquelles la ville vouloit qu'on s'assurât la liberté de traitter directement avec l'Angleterre. L'Empereur arriva dans le temps qu'on déliberoit sur les moyens de rendre la chose ministérielle et d'y donner la consistance et l'acheminement convenables. La conduitte héteroclite du Grand-Pensionnaire, le peu de fond qu'il y avoit à faire sur le Prince, et l'inquiette activité de l'ambassadeur de France obligeoient nos Messieurs à plus de précaution, et s'il faut le dire, ils avoient d'autant plus de peine à trouver ces moyens qu'ils manquent - j'oserois presque dire tous - du courage et de la ferme décision si nécessaires pour faire le bien qu'on connoit: assemblés ils font quelque chose, mais chacun en particulier tremble de prendre sur soi et de se mettre en avant.
Volgt een recapitulatie van den brief van 20 Juli.
Dans un second entretien, l'Empereur convint qu'il avoit réellement dit cela à l'Ambassadeur de France, parce qu'il avoit bien fallu parler politique avec lui etc..... Après cette découverte, l'on crut devoir brusquer la chose, et on la fit communiquer au Grand-Pensionnaire, de telle manière que s'il étoit bien disposé, il comprit quelle étoit la pensée de la ville, et la suivit; sinon, qu'il ne put pas tourner cela contre les Régents; il prit le parti de faire tomber le tout, et d'empêcher qu'il n'eut des suittes. Dès lors il cria autant pour la guerre qu'il avoit fait auparavant pour la paix, et lorsque pour dernière ressource ou avoit trouvé l'expédient de faire insinuer au Prince qu'il devroit faire appeller quelqu'un des chefs les mieux intentionnés d'Amsterdam, s'expliquer, et l'entendre, le Grand-Pensionnaire agit si bien qu'il fit changer cette résolution du Prince et empêcha une communication qui auroit encore pu tout rétablir, vu le désir qu'avoient nos gens d'arriver au but d'une paix salutaire. M. le Duc lui-même, malgré les sujets de plainte que lui avoit donné Amsterdam, étoit d'avis que cette entrevue eut lieu, il en sollicitoit le Prince, sentant que cela pourroit ramener aussi la bonne intelligence au dedans; l'ascendant du Grand-Pen-
sionnaire sur l'esprit du Prince empêcha tout. Dès lors le Duc n'a eu aucune influence dans les objets politiques et ne s'en mêle pas; le Prince s'abandonne au Grand-Pensionnaire, et celui-ci est tout décidé pour le parti de la France et tout dévoué à son ambassadeur et au ministre de Prusse, de sorte qu'il ne reste guère de voye par où l'on puisse raisonnablement attendre une amélioration dans le sistème de l'Etat.... Le combat du 5 n'a servi qu'à donner du courage; il a augmenté à un point considérable l'aveuglement général, et détruit presque tous les moyens qui restoient aux gens sages de ramener les esprits.
Les gros bois de construction mauquoient d'abord entièrement mais la navigation de Hambourg par Embden et les canaux intérieurs en fournit assez, et si elle est un peu plus couteuse, cela est compensé par l'économie des assurances. L'on construit donc et l'on travaille avec assez d'activité à présent dans les amirautés. Cette partie des besognes est la mieux servie; les gens les plus modérés en sentent d'autant plus le besoin qu'ils ont moins d'espoir d'une paix particulière. La dépendance de la France est assez grande pour que l'Ambassadeur qui le sent, ménage déjà moins ce pays et les individus: il met plus de décision et de hauteur dans ses demandes et dans son stile. L'on se borne en ce pays à faire des voeux pour la paix générale, et pour qu'en attendant les pertes soyent les moindres possibles; au reste les sentiments restent les mêmes, et les personnes qui étoient bien disposées, le sont encore, mais le timon est en mauvaise main.