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Bijlage XV.
Raadgevingen van Hertzberg, Januari 1784. (Staatsarchief te Berlijn).

Berlin le 8 Janvier 1784. A.M. de Schoening, Lieutenant de la Marine Hollandoise.

Monsieur.

 

Ayant reflechi aux entretiens que j'ai eu avec Vous, Monsieur, sur la situation présente des affaires de Mgr. le Prince d'Orange et aux particularités intéressantes que vous m'en avés communiquées, je me fais un plaisir et un agréable devoir de vous en dire mon sentiment, en vous laissant le maître d'en faire l'usage que vous jugerez à propos.

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Il n'est pas douteux que la situation des affaires de Mgr. le Prince en Hollande est très scabreuse pour le présent et même dangereuse pour le futur; que S.A. a déjà beaucoup perdu de son éminente dignité et qu'Elle est menacée d'en perdre encore davantage, mais je crois qu'il n'y a encore rien de desespéré, et que S.A. peut parvenir à rétablir peu à peu ses droits et ses intérêts par une conduite sage et également modérée et ferme, et en profitant habilement des avantages que les circonstances du tems paroissent lui offrir.

Autant qu'un étranger qui n'a jamais été en Hollande, peut juger de la surface générale des affaires, il me paroit incontestable que ce qui a le plus nui aux intérêts de la Serenissime Maison d'Orange, c'est la prédilection qu'on lui a supposé pendant longtems pour l'Angletere. Cette Puissance ayant tenu envers la Hollande la conduite la moins politique et à la fin très hostile, le parti aristocratique ou opposé à la Maison d'Orange en a profité pour confondre les objets et pour envelopper le Prince Stadhouder dans la haine de la Nation Hollandoise contre les Anglois, et de lui attirer en même temps par toutes sortes de fausses relations et d'interprétations la haine décidée et la persécution de la Cour de France, ainsi que de son parti nombreux en Hollande. Mgr. le Prince est parvenu à dissiper une grande partie de ces illusions de la Cour de France par la mission de M. de Heiden et encore plus par les insinuations fréquentes que le Roi a fait faire par M. le Baron de Goltz au Comte de Vergennes, et par les assurances très fortes qu'il a fait donner à ce Ministre de la conduite impartiale du Prince et nullement contraire aux intérêts et aux vuës de la France. Le Comte de Vergennes paroit être presqu' entièrement revenu de ses préventions. Il ne paroit plus croire aux relations sinistres des ennemis du Prince.... A juger par le dernier entretien, que M. de Bérenger a eu avec M. de Thulemeier, et que ce dernier à communiqué à Leurs Altesses, il paroit que le Comte de Vergennes a donné des ordres précis à M. Bérenger, de ne plus travailler contre les intérêts du Prince, mais de tempérer plutôt la fougue du parti aristocratique, et de travailler à retablir le calme et l'union. Ce qui paroit avoir le plus contribué à ce changement favorable de la France, c'est après les fortes instances du Roi, la conduite en même tems hostile et équivoque, que l'Empereur tient présentement vis à vis de la République.... Il n'est pas indifférent à la France de voir subjuguer la République par son ancien rival et encore moins de voir revivre les anciennes liaisons de la maison d'Autriche avec les deux Puissances maritimes. Le Sieur Bérenger n'en cache pas sa jalousie au Sieur de Thulemeier, et lui a même assuré que pour peu qu'il fut assuré que le Prince ne favoriseroit pas les vuës de l'Empereur, il engageroit aussi le parti contraire à s'y opposer avec vigueur.

Il faut donc que Mgr. le Prince fasse montre d'une grande fermeté dans tout ce qui regarde l'Empereur. Ce sera le moyen le plus propre de se concilier et de s'assurer également l'amitié des Cours de France et de Prusse, qui ont un intérêt commun à cet égard, et de convaincre de son véritable patriotisme la plus grande partie de la Nation Hollandoise, qui sans le plus grand

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aveuglement ne sauroit regarder avec indifférence les demarches que l'Empereur fait sur ses frontières. Mgr. le Prince n'a rien à craindre pour ses Etats en Allemagne, qui sont situés d'une manière à pouvoir être aisément garantis par la France et par la Prusse. - L'Angleterre a perdu trop de terrain en Hollande, et y est trop haïe; elle est trop occupée de ses dissensions domestiques et trop écartée des affaires du continent par son épuisement total, pour que Mgr. le Prince Stadhouder doive encourager aux moindres liaisons avec cette Couronne. Il n'en a rien à redouter ni à espérer, mais beaucoup de la Cour de France et de son parti prédominant en Hollande. Comme cette Cour ne lui demande donc que la parfaite impartialité entre elle et l'Angleterre, il semble que Mgr. le Prince n'auroit qu'à laisser diriger aux Etats-Generaux les grandes affaires d'Etat et de politique, selon les principes du parti prédominant, en donnant toujours son avis d'une manière patriotique et conforme au véritable intérêt de l'Etat, qui ne peut absolument pas mener ni à de nouvelles liaisons avec l'Autriche ni avec l'Angleterre. Après avoir donné cet avis, S.A.S. devroit toujours montrer le plus grand empressement à exécuter les résolutions des Etats-Generaux telles qu'elles soyent, pour faire voir qu'Elle ne veut suivre que le sistème du Souverain. - C'est aussi par ce moyen que la Sme Maison d'Orange peut s'assurer de l'assistance constante de la Cour de Prusse qui lui manqueroit dès qu'on la verroit pencher tant soit peu du côté de la Cour de Vienne. Le Roi ne peut pas pour le présent agir ouvertement en Hollande par des négociations publiques ou par des menaces et d'ostentation, mais le parti prédominant en sait assez long maintenant pour être convaincu que la Prusse ne sera jamais indifférente au sort de la Maison d'Orange, et qu'elle feroit sentir aux Hollandois son voisinage s'ils étoient assés mal avisés que de vouloir renverser le Stadhouderat. La Cour de Versailles reconnoit elle même et assure le Roi en toute occasion qu'elle ne songe à rien de pareil, et que ses propres intérêts sont fondés sur la conservation du Stadhouderat comme le seul et véritable lien de la Republique, sans lequel elle degenereroit bientôt dans un Etat Démocratique aussi peu signifiant que les Cantons Suisses.

Quant à l'objet si essentiel aux intérêts de Mgr. le Prince, de regagner son ancienne popularité dans la Republique, je crois que S.A.S. ne manqueroit pas d'y parvenir peu à peu.... en faisant toujours montre d'un grand patriotisme, en témoignant de la déférence pour les opinions prédominantes et même pour les préjugés du gros de la Nation, en adoptant dans les assemblées publiques même les avis du parti opposé autant qu'ils ne heurtent pas visiblement l'intérêt de l'Etat, en témoignant un retour de confiance et de bonne volonté aux membres du parti opposé, qui sont encore traitables, en les faisant participer aux benefices, aux charges et aux avantages qui sont à la disposition du Stadhouderat, et en observant une juste et rigide impartialité dans les discussions des deux partis, en fermant aussi l'oeuil sur les procédés quelquefois outrés des personnes du parti contraire, mais en montrant en même tems la plus grande fermeté et vigueur quand il s'agit des grands et véritables intérêts de l'Etat,

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sans témoigner alors aucune prédilection pour les avis ni pour les désirs de l'un ou de l'autre parti. Comme S.A.S. a la nomination aux charges civiles, je crois qu'Elle feroit bien de choisir pendant quelque tems et du moins souvent, des personnes du parti contraire. Peut être cette impartialité pourra-t-elle les confondre et en ramener d'autres. Quant à la contestation présente avec la ville d'Alkmar, comme il s'agit d'une prérogative précieuse et importante et fondée également sur les loix fondamentales du païs et sur le renouvellement du Stadhouderat qui ne sauroit être détruite ou revoquée par quelques chartes antiques, je crois que Mgr. le Stadhouder doit la soutenir par les moyens conformes aux constitutions de l'Etat, en se servant d'habiles écrivains et avocats, et en cas de non-réussite se réserver ses droits par des protestations sans doute usitées en Hollande, et faire ensuite tout le possible pour conserver cette prérogative dans les autres villes qui ne la contestent pas encore.

Je crois pouvoir vous assurer, Monsieur, que tout ce que je viens de vous écrire, est conforme aux intentions du Roi.... Peut être seroit il d'un bon effet, si Mgr. le Prince faisoit rediger par une plume habile un mémoire succinct et bien composé que le Roi pourroit faire passer à la Cour de France, pour lui faire bien comprendre ses véritables intérêts attachés à la conservation du Stadhouderat et pour la convaincre que Mgr. le Prince d'Orange ne lui avoit jamais été réellement contraire et ne le seroit pas non plus dans tout ce qui est juste et raisonnable....

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