Gedichten. Deel 2: 1623-1636


auteur: Constantijn Huygens


bron: Constantijn Huygens, Gedichten. Deel 2: 1623-1636 (ed. J.A. Worp). J.B. Wolters, Groningen 1893


verantwoording

inhoudsopgave

doorzoek de hele tekst


downloads



DBNL vignet

[1626]

Weerklanck aen joff. Anna Roemer Visscher1).

 
Veel gelucks van Constantijntje
 
Met vw' Mann en voesterkijntje,
 
Altyd lust, en altyd Ieughd
 
Altyd vred', en altyd vreughd,
5
Altyd min bekommeringen
 
Dan mij van Parnasso dringen
 
En doen suchten na den tijd
 
Doen ick was ghelijck ghij sijt,
 
Doen ick verre van 'tverdrieten
10
Als het Carmosij van 'tschieten
 
Somtijds tegen onsen Zeew,
 
Ick het Schaep en hij de Leew,
 
Met een dichtjen hebb gekrabbelt,
 
En na 't niewe Rijm gegrabbelt
15
Daer de Reden wat om leed,
 
Dat mij nu al schoon vergeet
 
En blijft hangen in de kropp, en
 
Aen vw deur verbiet te kloppen.
 
Dan soo nu als doen ter tijd
20
Wie het lief is, wie het spijt,
 
Ben en blijv ick v Slavoen
 
Hebb ick veel of niet te doen.
 
Hag. 18. Ian.

Ludibria rerum2).

 
Heinsi, summe virûm, summâ mihi dicte Camoenâ
 
Nunc prima dicende; quis in ludibria rerum
[p. 133]
 
Lumine non laeuo satis intromissus ab illis
 
Doctior, aut hac parte sui locupletior exit
5
Quâ sumus et bruto solâ praestamus et herbae?
 
Legem nemo sibi, vicino dicimus omnes.
 
Prodiga censurae plebes ferit obuia quaeque
 
Crimina, nullorum sibi conscia; foemina diues
 
Verborum ac vitiorum animal: tam parcere verbis
10
Quam vitijs ignara, nihil sibi censet iniquae
 
Censeri; Mendicus habet quo nomine dites
 
Conueniat, nummo praesertim saepe negato,
 
Visaque Pauperies magis est persaepe furori
 
Quam menti vicina bonae: Nec rure latebis,
15
Nec peregre; Ciuem nullus non carpit arator;
 
E patriâ totus vitium est extraneus hospes.
 
Dissidet omnis ubique sibi quem nouimus orbem,
 
Primaeuum redijsse Chaos juraueris, in te
 
Versus, et immoto pendens examine causas.
20
Huc operam, huc, Heinsi, neruos intendimus omnes.
 
En ego de summo Batauorum culmine, turri
 
Auriacâ, quâ nil meritum fortuna locauit,
 
Prospectans, humilesque casas et tecta potentum
 
Excutiens, nihil inuidiae, nihil arbitror atri
25
Liuoris vacuum. feriunt, feriuntur utrimque;
 
Neu desint exempla, sonet jentacula pistor,
 
Protinus, O illum, exclamet mendicus ab ortu
 
Ad stellas plenum Cereris .....

Sur le pirame de Theophile1).

 
Il n'est rien de si noir dans le creux de la Terre,
 
Il n'est rien de si dru au gouffre qui enserre
 
Les eternelles nuicts, rien de si attaché
 
Au centre et aux horreurs qui le tiennent caché,
5
Que les puissants esclats de ta voix, Theophile,
 
Ne percent bien à jour; et n'y a dans l'exile
 
Des amants trespassez couple si hors de sens
 
Qui ne reuiue au son de tes roides accens.
 
Pirame le dira, et celle qui de vivre
10
Soucieuse bien moins que du bien de le suiure
 
Le deuança pourtant, et luy fraya la mort,
 
Qu'il receut incoupable et se donna sans tort.
 
Thisbe, tu ne scaurois dementir ma croyance;
 
Seurement tu reuis, en ta resouuenance,
[p. 134]
15
A ta vie, à ta mort, et leurs extremitez,
 
Theophile apres toij les ayant recitez;
 
Ces plaisirs, ces soupirs, cette main homicide,
 
Ce Pyrame innocent, si tu n'es bien stupide,
 
Te retouchent de prez, et si dans ce tableau
20
Tu ne te reconnois comme la goutte d'eau
 
Dans celle qui la suit, parfaictement empreinte,
 
Tu n'as pas merité de t'y trouuer depeinte.
 
Mais tu t'y reconnois, et cett' Ame de laict,
 
Cett' Ame desormais toutte flame qu'elle est,
25
Ce souffle tout à soy, cette libre estincelle
 
Ne sçauroit s'empecher de se mirer en elle,
 
De s'entendre à ses pleurs, d'aimer à les ouïr,
 
A reveoir l'uniuers pour encores mourrir,
 
Pour mourrir d'une mort qui tousiours effroyable
30
Soit suiuie tousiours d'un tombeau si aimable,
 
Et me semble d'ouïr Pyrame souhaitter
 
De reveoir la clarté, pour ainsi la quitter.
 
Non Thisbe, non Pirame; ostez vous les enuies
 
De l'honneur de voz morts dans l'horreur de voz vies,
35
Tant que dans Theophile on lira voz trespaz,
 
Vous vivrez, vous mourrez, et vous né mourrez pas.
 
Februar. Hag.

De Theophile et Balzac1).

 
I'avouë, et qui n'avouë point?
 
Que de paragonner son stile
 
A la force du contrepoint
 
De l'admirable Theophile,
5
C'est mettre l'ombre et le sommeil
 
En parallele du Soleil,
 
C'est d'une ambition mortelle
 
Pretendre à la gloire des Dieux,
 
De mettre un pied dessus l'eschelle
10
Qu'il a leuée dans les Cieux.
 
 
 
Mais raui des enchantemens
 
Balzac, que ta diuine prose
[p. 135]
 
+
 
Coule dans noz entendemens,
 
I'ose bien dire, et qui ne l'ose?
15
Que Theophile ne nous plaist
 
Qu'en tant que nourri de son laict
 
Et que de ces belles pensées
 
Que d'un aimable nonchaloir
 
Tu as faict naistre detachées
20
Sa rime a sceu s'en preualoir.
 
 
 
Il faut donq dire et advouër
 
Que jà deuant que vous nasquistes
 
Nature se voulut jouer
 
En l'harmonie que vous feistes
25
Sans doubte dedans le mesme enclos
 
D'un ventre qui vous a escloz,
 
Harmonie plus fraternelle
 
Que celle des deux grands ....
 
Qui entamerent leur querelle
30
Dedans la prison des boyaux.
 
 
 
Qu'apres en estre bien ......
 
Il y eut tant de ressemblance
 
Dans les accens des premiers criz
 
Que fit retentir vostre enfance,
35
Que si Rebecque vous eust faicts,
 
Parmi de si pareilz effects,
 
Isaac priué de la veuë
 
S'il n'eust rendu raison du faict
 
En eust excusé la beveuë
40
Quand il eust beni le cadet.
 
 
 
Depuis ce temps tousiours vniz
 
D'ame, d'humeur, de fantasie
 
Il se trouue dans voz escritz
 
Une si viue sympathie,
45
Qu'en ce siecle des clair-voyans
 
Les plus entenduz vous oyans,
 
Vous prennent pour la mesme chose,
 
Et vous jugeans si peu divers
 
Croyent que Theophile en prose
50
C'est à dire Balzac en vers.
[p. 136]
 
+
 
Moy qui ne vis jamais les dieux
 
Si prodigues de leurs merveilles
 
...... croistre en tant de lieux
 
.... ose croire à mes oreilles.
55
........ parmi les qualitez
 
........ bien grandes raritez
 
.......... de comparables,
 
.......... en ce rapport
 
Que des plumes inimitables
60
Se puissent imiter si fort.
 
Hag. 20 Febr.

l'Anatomie. Paradoxes en satyre1).

 
Ie n'en appelle plus, Clorinde, qu'à toy mesme
 
Si cette passion qui me faict dire, I'ayme,
 
Et cet amour me brusle, et ce feu est ma mort,
 
Ne tient de la manie, et du piteux effort
5
Que la noire vapeur d'une bile bruslée
 
Preste aux infirmitez de la santé foulée,
 
Si ce n'est un Enfer que je me suis basti
 
Tres digne du loyer d'y avoir tant pati.
 
Qu'est-ce que j'ayme en toy, qu'est ce que j'y adore?
10
Ce touffeau de cheueux, que ma folie dore
 
De mon or seulement? ces menuz excremens,
 
Ces superfluïtez, ces restes d'alimens,
 
Ces vapeurs en filetz, cette sueur gelée,
 
Cette lie d'humeurs, qui se fust enuolée
15
N'eust esté sa grosseur, qui s'est laissé filer?
 
Ce proumenoir de poux, qu'il t'en faut exiler
 
A force de poisons? ce sale marescage,
 
Ce terroir tousiours gras, ne fust le labourage
 
Que tes peignes y font, que pour les desseicher
20
L'Ocean te prestast ce qu'il a de plus cher,
 
Que l'Isle de Venus prodigue de poussiere
 
Pour deguiser ton front te coiffast en meusniere
 
Meurtriere qu'on te dit? Clorinde, sans railler
 
Portes tu sur ton chef de quoy me trauailler?
25
Ne me dij pas qu'ouij; tu ne sçaurois le dire
 
Que tu n'aijs de la peine à t'empescher de rire;
 
Et moy, si ie l'ay dit emporté des fureurs
 
Que lancent noz espritz aux premieres ardeurs,
 
I'en reuoque l'arrest, et t'ose bien promettre
30
Que si dedans mon plat un poil se venoit mettre,
[p. 137]
 
+
 
Fust il des plus dorez de ceux que tu nourriz,
 
Ie m'en esgayeroy comme de poix pourriz.
 
Monstre d'aveuglement, imprudence de beste!
 
Que cett' herbe, ce lin me plaise sur ta teste,
35
Qu'il me tarde aujourdhuij de le pouuoir nommer,
 
Capable dans demain presque de m'assommer!
 
Mais ton front me desfaict, cette table d'yvoire
 
M'achemine à mourrir, m'oste de la memoire
 
Tout ce qui est de beau pour seule s'y loger.
40
Pardonne moy, non faict, I'ay l'esprit passager,
 
Et ne m'arreste pas au dehors de la chose;
 
I'ose me disputer comme on aime la rose;
 
Certes, ce qu'on ij void n'en est pas le plus beau,
 
Ce qui me l'encherit sort de dessoubs sa peau,
45
Et je l'en aimeroy, fust elle toutte noire:
 
Mais, Clorinde, ta peau ne couure point d'yvoire
 
Et qui la perceroit te souïlleroit de sang.
 
Qu'on ne me die pas de ce rouge et ce blanc
 
Que des roses en laict ne seroyent pas si belles;
50
Les roses et le laict me plaisent comme telles,
 
Mais ce seroit du sang qui te feroit rougir,
 
Et ce sang me feroit trop songer à mourir;
 
Ie suis si pacifique et si peu sanguinaire
 
Que je voudroy desià m'en trouuer à me taire;
55
Bourgongne, tes drapeaux m'en devoyent bien sommer
 
Que ce rouge et ce blanc sont tristes à nommer.
 
Me veux tu alleguer un esclat de lumiere,
 
Deux Soleilz, deux esclairs qu'enferme ta paupiere?
 
De grace, pren pitié de mes infirmitez
60
Ie ne me cognoy plus à ces diuinitez:
 
Les traicts qu'on dit qu'Amour forge dans ces boutiques
 
Fuijent le sens commun, et les seulz Platoniques,
 
Que je ne creu jamais, en croyent les eslans;
 
L'inuisibilité chatouïlle les flamens
65
Comme ce qui n'est point; Aristote plus sage
 
M'enseigne de mes yeulx l'indisputable usage;
 
Et puis que m'ajustant tout vis à vis des tiens
 
Ie n'y rencontre rien que l'image des miens,
 
Ce paradoxe vault la peine de l'entendre
70
Si les miroirs sont beaux qu'en ce qu'ilz peuuent rendre?
 
A ce conte, Clorinde, en regardant mes yeulx
 
Ta gloire les illustre, et ilz en valent mieux
 
Trente fois que les tiens; car si je les regarde
 
N'y trouuant rien que moy je n'y voy rien qui darde.
[p. 138]
 
+
75
Les perles que j'ay dit les avoir veu verser,
 
Si perles tu les crois, va les faire percer:
 
Et si pour establir la valeur de tes charmes
 
Tu te fais le present d'un beau carquant de larmes
 
Ie ne t'enuie point la rente de tes eaux,
80
Les terres d'Orient m'en donnent d'assez beaux.
 
Veux tu faire credit aux rubiz de ta bouche?
 
En amy, garde bien que personne n'y touche;
 
I'y ay par trop touché pour t'aider à tromper
 
Des marchans d'un Corail si aisé à coupper.
85
Que s'il n'est question que de similitudes,
 
Ie le veux bien, mais certe ayons en de moins rudes.
 
Passe dans ton jardin, tu m'y verras toucher
 
Des rubiz et plus beaux, et plus doux que ta chair,
 
Ces cerises le sont, ces fraises, ces groiselles,
90
Ces mores des Meuriers, ces rapporteurs fideles
 
Du malheur de Pirame ont de quoy deualler
 
Le lustre des ioyaux que tu veux estaller.
 
Si l'enuie me prend d'en baiser une fresche,
 
De la baiser si fort qu'ij faisant de la bresche
95
Ie la creue et la tue, ha! qu'à l'heure ce sang
 
De Pirame me verse un agreable estang,
 
Que ma langue s'y plaist, s'y esgaye et s'y laue!
 
Crois tu pas que Tisbé s'enflamme de ma baue,
 
Et ne souffre plus rien de violent la bas
100
Que de me veoir ainsi et ne me baiser pas?
 
Au moins appren comment je me passe sans peine
 
Du fruict de tes baisers. Ces fruicts n'ont point d'haleine,
 
Et tu en as tousiours, et tu en as par fois,
 
Et tu en as souuent telle que si ta voix
105
N'asseuroit mon oreille à tes mots coustumiere
 
Ie te soupçonneroy d'un malheur de derriere.
 
Vn rheume de poulmons, un catarrhe salé
 
Sur une de tes dents froidemant devallé
 
Peut mettre l'une en poudre, et l'autre en pourriture:
110
Et si ton estomach chargé de nourriture
 
Decharge ses vapeurs, et que tu sois Venus,
 
Pourroy ie dire moins que, Cyprine, tu pus?
 
Ie le diroy, Clorinde; et à raison plus forte,
 
Me deusses tu fermer ta parole et ta porte,
115
Ie te supplieroy, qu'en retenant ce vent
 
Tu voulusses ouurir ta bouche moins souuent.
 
Ces fruicts de ton jardin ne portent point de crasse,
[p. 139]
 
+
 
S'ilz en portent, tu sçais que c'est la bonne grace
 
Que leur laisse la nuict, et que ce beau vernix
120
Empesche le soleil de les rendre terniz,
 
Et n'estoit que l'Aurore en fust si amoureuse
 
Qu'elle ne seroit pas tousiours si matineuse.
 
Mais si le malheur veut qu'à l'heure du leuer
 
Ie t'oste le loisir de te pouuoir laver,
125
Que je t'attrappe à jeun, que peigne, que peinture,
 
Que poudre n'ayt encor controllé la Nature,
 
Pardonne à ma rondeur de bouche, si je dij,
 
Ce visage n'est point le mesme d'à Midij;
 
Tu n'es qu'une Clorinde, et la metamorphose
130
T'en faict deuenir deux; tu l'es de nuict en prose,
 
De jour tu l'es en vers. Donnez vous garde Amans,
 
Il se trouue de deux sortes de Diamans;
 
Les parfaicts sont parfaicts au jour de la chandelle
 
Comme au Soleil du jour; la femme qui est telle,
135
Telle le jour, le soir, la nuict, et le matin
 
Merite bien le nom d'un Ange feminin:
 
Tu ne l'es pas, mon Ange; et je ne doibs te plaindre;
 
Personne n'en a veu qui ne les a sceu peindre;
 
L'imagination en faict trouuer aux foulx,
140
Et, à n'en mentir pas, cela sommes nous tous.
 
Ie n'en demande point de preuue plus notoire
 
Que ta gorge et ton sein, et ces pommes d'Ivoire
 
Qu'on nous faict adorer, comme nous apprenons
 
Que des peuples iadis adoroyent les oignons.
145
Vne bosse de chair, une apostume enflée
 
A receuoir le sang d'une despucelée,
 
Vne vessie, un scirrhe, une ampoulle de laict,
 
Vn goitre nous enflame, et le sein nous deplaist
 
Qui n'en porte la pair esgalement bouffie;
150
L'amour en faict la mouë à la philosophie,
 
Qui ne souffrit iamais à la fois tant d'affronts
 
Qu'à nous veoir prosternez deuant ces demi-ronds.
 
Honteuse lascheté, infame vitupere,
 
Que la terre et les eaux, l'un et l'autre hemisphere
155
Ploye soubz l'animal qui pour un doigt de laict
 
Perde le souuenir de l'empire où il est!
 
Ainsi ta belle main, Clorinde, qui se baise,
 
Qui se patouïlle tant, quoy que fort à ton aise
 
Tu viennes d'employer ces petits doigts pointuz
160
A des necessitez deuenues vertuz
 
Depuis le grand forfaict que la premiere femme
[p. 140]
 
Nous a communiqué, faut il que je me pasme,
 
Que je faille à mourir, que ie creue d'esmoy,
 
La voyant familiere à d'autres plus qu'à moy?
165
Ie ne le sçauroy plus; mes passions sont mortes
 
Pour choses de si peu: s'il m'en reste de fortes,
 
Ie me les garde exprès pour en cherir des mains
 
Qui ne mourront jamais qu'auecque les humains.
 
Les belles mains de fer des grands freres d'Orange,
170
Qui firent à Neptun jadis trouuer estrange
 
Comme ses flots sanglants au retour de Nieuport
 
Trouuerent de la peine à reuenir du bord,
 
Tant que reconnoissant le furieux carnage
 
Qui les embarassoit le long de ce riuage,
175
La crainte l' enuoya reculer si auant
 
Qu'il en incommoda les peuples du Leuant,
 
Ces redoutables mains, ces fleaux de la vengeance
 
De l'Ange destructeur, depuis que sa clemence
 
Ne trouue plus de quoy sa Iustice barrer,
180
Ce sont les seules mains que je puis adorer.
 
Et veux tu qu'au retour de ce meilleur homage
 
Il m'en reste pour toy, que j'aye le courage
 
De faire sacrifice à de si baz autelz
 
Venant d'en immoler à ceux des immortelz?
185
Certes, si pour des mains il me demeure en l'ame
 
Du respect serieux, j'euiteray le blasme
 
D'auoir mal employé mes admirations,
 
Ie choisiray par tout la fleur des nations,
 
I'honoreray ces mains, ces belles interpretes,
190
Ces langues en papier, ces causeuses muëttes,
 
Ces mains qui au trauers des siecles et leurs nuicts
 
Ont sceu communiquer le Pere au petit filz,
 
Ont immortalizé les pensées des hommes,
 
Faict conserue des jours, et au siecle où nous sommes
195
Laissé par testament les aages de jadis,
 
Ces fideles tesmoins des eternelz edicts,
 
Ces immortelles mains, ces notaires des Anges
 
Me demandent, Clorinde, un tribut de louänges
 
Si ample, si profus, qu'en reuenant sur toy
200
Ma flatterie dit n'y trouuer plus de quoy.
 
Mais dij que la blancheur me rend ta main aimable;
 
Ce riuage dira qu'elle cede à leur sable,
 
L'Albastre s'en rira! la croy, le potiron,
 
A costé de la neige elle deuient charbon.
205
La faut il donq cherir pour la veoir si petite?
 
C'est faire tort aux nains: pour la veoir soupple ou viste?
 
Il n'est petit larron ni poure basteleur
[p. 141]
 
+
 
Qui ne s'en formalise. Hausses tu sa valeur
 
A raison de la chair qui en est potelée?
210
Ta fesse l'est bien plus, et cette bien-enflée,
 
Ce coussin, ce balon s'offense justement
 
De veoir empieter dessus son element.
 
Tes ongles et les miens sont ilz pas d'une estoffe?
 
Et si les miens sont grands m'en juges tu plus goffe?
215
Mais, dit on, grande main marque grand jugement.
 
Il paroist bien, Clorinde, à cela seulement
 
Que par où les niaiz t'estiment adorable
 
Ie ne te trouue pas seulement tolerable;
 
Et bien verra quelqu'un de la posterité
220
Qu'il m'a falu des yeux pour tant de verité.
 
Mais helas, que ces yeux te feroyent bien un conte
 
Plus digne mille fois, si ta juppe et ta honte
 
N'en couuroyent le subject; mais la ciuilité
 
Te soulage en cela d'un traict d'habilité.
225
Nature tu le sçais que, sans la violence
 
De ton ardeur mijstique, et cette impatience
 
De nous perpetuer, qui nous pousse ignorans
 
A la necessité de deuenir parens,
 
Il n'y a ni raison, ni force, ni priere
230
Qui portast noz desirs par dessus la jartiere,
 
Pour ij aller trouuer ton signalé defaut
 
De n'avoir acheué le masle comme il faut.
 
Va te cacher, Clorinde, en regardant ta cotte
 
Le dehors du logis me faict songer à l'hoste,
235
Et cet hoste, Bons Dieux! Va viste te cacher
 
Ie me sens defaillir à force de cracher.
 
Il te reste une cuisse, un genouïl, une greue,
 
Vn gras de jambe, un pied; mais tu es fille d'Eue,
 
Et je suis fils d'Adam, et tes oz et ta chair
240
Ne sont que ce que Dieu m'a voulu arracher:
 
Et veux tu qu'auec toy pestri de mesme plastre
 
I'adore ma copie, et deuienne idolatre
 
De partie de moy? L'Auteur de touttes choses
 
N'en disposa iamais comme tu en disposes:
245
Accompagnons, dit Il, cet homme, et l'endormit;
 
Et la femme fut faicte, et cet homme la vit,
 
La receut et l'aima: mais que d'un feu de rage
 
Il se soit emporté à luy faire l'homage,
 
Les sermens, les devoirs, les seruices, les voeux
250
Qu'on demande aujourdhuij à ses poures nepueux,
 
Il ne s'en parle point dans tous les saincts Volumes.
[p. 142]
 
Si ne faut il doubter que ces diuines plumes,
 
Veritables par tout eussent faict mention
 
Plus tost de son amour que de sa passion.
255
R'auisons nous, Clorinde, et nous aimons de sorte
 
Qu'on dit qu'Adam vit, et qu'Eue n'est pas morte;
 
Toute raison le veut que le monde enviellij
 
Fasse noz iugemens viellir auecque luij;
 
Et quoy que l'on dispute, il nous faut estre sages
260
D'une proportion tres-double aux premiers aâges,
 
Car, à considerer tant de millaines d'ans,
 
Nous ne sçaurions plus viure au siecle des enfans.
 
* * * * * *
 
Hag. ulto. (31) Martij1).

Le revers de la cour2).

 
Vn espion sorti d'Anuers
 
Pour y porter de noz nouuelles,
 
A changé trente habits diuers
 
Pour y en apporter de telles.
5
Que les Estats ont trop d'argent
 
Pour n'auoir que si peu de debtes;
 
Que leur Armée se ressent
 
Du reuenu de leurs conquestes;
 
Qu'ilz sont plus maistres de la Mer
10
Qu'ilz ne l'estoient du temps d'Hemskercke3);
 
Que rien ne leur est moins amer
 
Que la sortie de Dunkercke4);
 
Que l'estat des Admirautez
 
Ne fut iamais en si bel ordre,
15
Que la Iustice et l'equité
 
N'y sçauroient moins trouuer à mordre5);
 
Que la conqueste du Ponent
 
Ne touche en rien à la Bahie6);
 
Que l'Amerique en un moment
20
Se verra voulue et rauie;
 
Que Puertoricco est delaissé
[p. 143]
 
Comme de prinse trop facile,
 
Le chasteau estant bien aisé
 
A qui eust sceu prendre la ville1);
25
Que le Prince n'a rien trouué
 
Dedans les coffres de son frere2),
 
Que iamais il n'a esprouué
 
De changer une fille en Mere3);
 
Qu'il est tenu pour impuissant,
30
Que sa Princesse en faict la plaincte,
 
Qu'elle ne le veoid qu'en passant,
 
Qu'il ne l'aime que par contraincte,
 
Luy voyant le front si ridé
 
Qu'elle y noye le fard à l'once,
35
Ce que pour le reueoir vuidé
 
Il faudroit de la pierre ponce.
 
Qu'il est le plus laid Hollandois
 
Qu'on aijt veu naistre en la Prouince4);
 
Qu'en iugement, en taille, en voix
40
Il ne possede rien du Prince;
 
Que l'Espagne luy faict pitié
 
D'auoir tant mis à cette guerre;
 
Qu'il desire son amitié
 
Sur touttes choses de la terre.
45
Que le Roy des Bohemiens5)
 
Se meurt du plaisir d'estre maistre,
 
De joye d'estre loin des siens,
 
De crainte de s'y veoir remettre.
 
Que la Reine n'a point d'enfans,
50
Qu'elle a perdu coeur et courage6),
 
Qu'elle apprehende que les ans
 
Ne luy reparent son naufrage.
 
Que les joyaux de Buckingham7)
[p. 144]
 
Font des finances nompareilles,
55
Que les marchands à Amsteldam
 
S'en resiouïssent à merueilles.
 
Que le Prince de Portugal1)
 
Va se restablir par les armes;
 
Que son Cadet2) monte à cheual
60
Pour en annoncer les alarmes;
 
Que son Aisné3) comme heritier
 
Y est porté de pleine rage,
 
Que ne cessant de renier
 
Le sang luy en monte au visage.
65
Que le mirouër d'impieté
 
C'est la Duchesse soeur D'Orange4),
 
Que sa fille de cet Esté
 
Fera mourir un Conte estrange5).
 
Que la Comtesse6) est trop putain
70
Pour estre vielle et en vefuage,
 
Mais que le iour d'apres demain
 
Elle retourne au mariage;
 
Que le grand Comte son beau filz6)
 
Ne sçauroit dementir sa race,
75
Qu'outre l'esgalité d'espritz
 
Sa soeur6) et luy n'ont qu'une face.
 
Qu'il n'y a rien de si dispos
 
Que la Chelandre7) nostre Mere,
 
Qu'elle se lasse du repos,
80
Qu'elle se repose en carriere.
 
Que Schelle8) dance nuict et jour,
[p. 145]
 
Que Zeuenaer1) est hors de grace;
 
Que Duuenuoorde2) est hors d'amour;
 
Que Rosselle2) a forfaict sa face;
85
Que La Verrie2) n'a point d'yeulx,
 
Qu'il n'y a païsane au monde
 
De qui le sein ne vaille mieux;
 
Que la Masure2) est toutte blonde.
 
Que le Rhin-Grave3) seroit beau
90
S'il n'auoit la barbe tortue;
 
Que le beau Comte de Nassau4)
 
A l'esprit court comme la veuë;
 
Que le iadis petit Hanau5)
 
N'abhorre rien que l'exercice;
95
Que Stierum6) sue sang et eau
 
De peur qu'on defende le vice.
 
Que l'Admiral7) fuit dessus tout
 
La Mer, l'Amour et sa Maistresse;
 
Que Beuerweert8) n'a point de goust
100
Qu'a faire espargne de richesse.
 
Que Morgan9) souhaitte la paix;
 
Que Schmelzing10) va en capriole;
[p. 146]
 
Que Brogg1) ne s'escrima iamais
 
Si bien en effect qu'en parole;
105
Que Wits2) a perdu la faveur;
 
Que Ghent3) ne l'a pas meritée;
 
Que Dorp4) trahij par une soeur
 
Voit sa fortune ruïnee.
 
Que Logé5) plaint l'accroissement
110
De la famille de son maistre;
 
Que des Champs6) est tousiours absent;
 
Que Merlot7) ne le voudroit estre;
 
Que Iunius8) pleure d'avoir
 
Perdu la fraise et les affaires;
115
Que Huygens est fasché de veoir
 
Le grand trauail des Secretaires.
 
Que Cloet9) rebrigue le drappeau
 
Desgousté de la Lieutenance;
 
Que De Bie10)+ va sauter dans l'eau
120
Pour mourir plus tost qu'on l'auance;
[p. 147]
 
Qu' Andelo1) meurt de mesme peur;
 
Que Mansart2) n'aime dez ni Dames;
 
Que Caluart3) se rend vainqueur
 
De l'importunité des flames;
125
Que Liere4) jouë son vaillant;
 
Que Du Teil5) n'ose plus despendre;
 
Que pour estre sage et galant
 
Aspren6) n'a plus besoin d'apprendre.
 
Que Pontaubré7) est emmaigri
130
Depuis qu'il a quitté la France;
 
Que le voyant si mal nourri
 
Champdor7) a mieux doublé sa pance.
 
Que Nicastre8) ne peut monter
 
Tous les cheuaux de sa Princesse;
135
Que Launé7) ne sçauroit comter
 
Tous ceux que nourrit sa Maistresse.
 
Que la chere de Loon9) chez luy
 
Vaut bien celle de chez son Prince;
 
Que Dimmer10) est si enviellij
140
Qu'il ne rid plus qu'on ne le pince;
 
Que Montens11) manque de discours;
 
Que Verdoes12)+ souffre qu'on le blasme;
[p. 148]
 
Que Knuijt1) est Tresorier tousiours;
 
Que Borre2) ne veut plus de femme;
145
Que Wijnants3) pere d'un beau filz
 
Prie Brouärt4) à son Baptesme;
 
Que Van Ghilsen5) n'a point d'amiz;
 
Que De Gheijn6) mesprise soy mesme.
 
Que la Foy et le repentir
150
De l'Euangile est une fable;
 
Que l'Escriture peut mentir
 
Si tout cecij n'est veritable.
 
Hag. Aprili.

Aen Brosterhuysen met een boeck.

 
Alleen de kermis
 
Die mijn bescherm is
 
Myn troost en baet
 
Myn toeverlaet,
5
Moet mij ontschulden,
 
En u doen dulden
 
Dat dit soo laet
 
Na Leiden gaet.
 
Want, Brosterhuysen,
10
Bij all de Muysen,
 
Hier is een' tier
 
Daer van wij schier
 
Tverstand ontbeeren;
 
Dat ken ick geeren,
15
Sal ijemand sweeren,
 
En mij niet deeren
 
In goed noch eeren,
 
Want schier en heel
 
Verschelen veel,
20
En tot verliesen
 
Hoort meer als biesen,
 
Die dat wel kan
 
Heeft eerst waer van,
 
Die niet en heyt
25
Zoo 'tspreeckwoord seydt
 
En kan niet missen,
 
Niet meer als pissen
 
Die noyt en dronck.
 
Vergeeft den spronck
30
Van dese Rijmen,
 
Raeckt' ick aen 'tlijmen
 
De langste dagh
 
Die 't wesen magh
 
Viel my te klein:
35
Plein, rein, certein
 
In weinigh woorden
 
En sonder koorden
 
Lutsen of boorden,
 
Ick send u hier
40
Marinos Lier.
 
Hag. 13. May.
[p. 149]
 
Inscrip.
 
Seker Missive
 
Letter of Brieve
 
Geschreven met int
 
Alsoose begint.
 
Opschrift1).
 
Aen Brosterhuysen,
 
Het kindt der Muysen,
 
Op de vischmerckt valiant
 
Aenden waterkant.
 
Een van beiden
 
Lugduni of te Leiden.

Pour l'enfantement de madame la princesse2).

 
Bouton de fleur d'orenge, ente du grand rameau
 
Apres qui le soleil n'esclaire rien de beau,
 
Rose de grand matin, soleil dedans la nue,
 
Perle dedans l'escaille, estoile descendue
5
Sur la terre hors des Cieux, où de necessité
 
Il s'en doibt trouuer une à dire cet Esté,
 
Acheue de venir, sois contente de luire,
 
De guerir l'vniuers, qui va de mal en pire
 
Surchargé d'avortons; semence de Iupin
10
Ne te refuse plus à reculer la fin
 
Du monde trespassant; petit modelle d'homme
 
Rends la perfection au siecle qui t'en somme,
 
Sois tu du sexe entier, sois tu du moins parfaict,
 
Tes auteurs ne sçauroyent rien former d'imparfaict.
15
Mais vien viste mon Coeur, et pour nous faire viure
 
Cesse de nous tuer; il nous tarde de suiure
 
Tes petits pas foibletz, et de baiser ces mains
 
Faictes pour assommer les plus fiers des humains.
 
Ha! mains heureuses mains, qu'il vous reste d'ouurage
20
A receuoir par jour mille devoirs d'homage,
 
Mille deuotions, que les coeurs Hollandoiz
 
Ne lairront point ceder à ce qu'on paye aux Roix.
 
Vien donq quel que tu sois, ou belle prisonniere
 
Ou gentil prisonnier, rien ne te tienne arriere,
25
Vien prendre en liberté le monde pour maison,
 
Mais garde bien sur tout de rompre ta prison.
 
Hag. 21. May.
[p. 150]

27. Meij 1626. Geboortedagh van Prins Willem van Orange.

 
Oragnen heeft een kind; Wat draeght het, Broeck off Rock?
 
Dat's nu te laet gevraeght, men hoort het aen de klock.
 
Maer waer 't geen Soon geweest, wat hadden wij gedaen?
 
Hadd niet het klock-gerucht all even wel gegaen?
5
Jae, buyten twijffeling, men hadde'r oock geluydt,
 
En klock op klock geroert, maer met de' klepel uyt.

Caspari Barlaeo, doctori medico, vati et amico summo, Ut levare morbum pergat iterato carmine1)+.

 
Umbra mei, vix ullus eram; vestigia magni
 
Nominis urgebat pes tertius, omnis ab omni
 
Cesserat impexum fugiens per tempora crinem
 
Ore rubor: stabant oculi, poterantque videri
5
Sidera de fixis, emortua sidera coelo
 
Pallenti. stabant, nec si pagina (cuius?
 
Da summos, Barlaee, Viros, da quemlibet, uno
 
Te reliquo:) nec si contra monumenta stetissent
 
Cum saeclis victura, loco cessura putasses.
10
Spiritus (hunc moui solum) spirabat, ut olim
 
Vidimus aestivis quiddam sudare cavernis;
 
Halitus hic dici possit, si possit; Ab illo
 
Aëre quis vocis fragor? heu! quem regna silentûm
 
Nocturnique Dei, votaeque soporibus umbrae
15
Sustineant, non, Luna, tuos obtundat amores.
 
Verbo, talis eram, qualem Barlaee vel hostem
 
Obvius aut gemitu aut lachrimâ digneris obortâ.
 
Cum subito de te praegnantem Carmine chartam
 
Intuito et multo solantes omine ceras,
20
Praebentique auidam blandis affatibus aurem
[p. 151]
 
+
 
Hei mihi quam vires traxerunt ossa novellas,
 
Quam caepi meus esse, iterumque, iterumque renasci,
 
Et morbo procul esse meo, componere gressum,
 
Porrectumque efferre caput! stupuistis amici;
25
Atque aliquis, nata est, inquit, haec vate Galeno
 
Pagina, et inclusit, quo nunc quoque digna fouetur
 
Extorquenda sinu. Mihi sensim hygieia vigorque
 
Pristinus obrepunt. pergin praevertere, pergin
 
Festinae laudem solus meruisse medelae?
30
Esto quod es, Barlaee, mihi, confunde Poetam
 
Et medicum, duplicemque Deum tam saepe propina,
 
Ut recreer, sanerque simul; salvere priori
 
Carmine praecipiti iussus medicamine, credam
 
Perpetuum cogi nullus languere secundo.
 
Ante recidiuam. 15o. Iun.1).

Panegijre2).

 
Ne me croy point, posterité,
 
En ce que ma temerité
 
Va presumer sur la louange
 
Du braue Souuerain d'Orange.
5
Preste ta foy aux estrangers
 
Qui volontaires, passagers,
 
Sans interest, sans recompence,
 
Au seul esclat de sa vaillance,
 
Ou Capitaines, ou Seigneurs
10
Ont refusé la gloire ailleurs
 
De la conduicte d'un armée,
 
Pour apprendre où la renommée
 
Auoit tant trouué de subject
 
De tant d'honneur qu'elle luy faict.
15
Ilz te diront que sa presence
 
A condamné la grand' croyance
 
Qu'ils en auoyent conceu' de loin,
 
Et que luy mesme son tesmoin
[p. 152]
 
A faict veoir qu'à tant de merueille
20
Il faut de la foy nonpareille,
 
Et que ce qui ne monte aux Cieux
 
Ne sçauroit approcher des Dieux.
 
Ilz te diront que la nature
 
Ne pouuant rien souffrir qui dure
25
S'estonne de nous veoir encor
 
Continuer au siecle d'or
 
Que nous laissa le grand Maurice,
 
Que les ordres de sa milice
 
Que sa prudence et sa valeur
30
Et sa conduicte du bon heur
 
Ont seulement changé de maistre,
 
Et que le voyons tant renaistre
 
Au frere qui nous est rendu
 
Qu'à peine l'auons nous perdu.
35
L'Espagne par tout souueraine,
 
Par tout en coustume ou en peine
 
De tout vaincre ou tout mespriser,
 
N'attendoit qu'à nous maistriser;
 
Et jà sembloit que la gourmande
40
Ne demandoit les eaux d'Hollande,
 
Soule de tant manger de gens
 
Que pour s'en nettoyer les dens.

Cunae auriacae. Sub natalem principis Gulielmi1)+

 
Dy Batavum, Dy Belgarum, Dy quotquot ubique
 
Vivitis, et littus non laeuo lumine nostrum
 
Aspicitis, praestate Deos, et singula quique
 
Numina in has pleno profundite sidere Cunas.
5
Spes jacet hic Batavûm, et quiddam quod praestat Iülo
 
Dardanidae: fuerit certe magnae arboris ille
 
Truncus, hic, hic majoris erit in saecula ramus.
 
Perpetuam libertatem, jus Vindice ferro
 
Tutandum, infandique odium immortale Tyranni
10
Hoc legimus vultu; quem quondam sole propinquo
 
Ferre negabit adustus Jber; plus fulminis illo
 
Projicitur, quam cum medio sublimior axe
 
Torres, Phoebe, diem, et summo discrimine findis.
 
En caput, en ferro factos per tempora cinnos,
15
En frontem aeternae subituram frondis honorem,
[p. 153]
 
+
 
En cristis galeâque, et sanguine subter Jbero
 
Velandam, si sola datis tria lustra Sorores,
 
En patrium nasi decus, en sub fronte virili
 
Maternos oculos, et jam nunc saeva minantes
20
Hostibus et promittentes non saeua puellis.
 
Ecce, cui roseo cedatis fraga labellum,
 
Os patrium, os maternum, os oscula figere natum,
 
Imperio natum magis, et magis arma ciere,
 
Arma, viros, aciemque et ferro impingere ferrum;
25
Os natum, populo in magno si forte coorta est
 
Seditio, mulcere animos, et ponere fluctus.
 
En humeros ferre arma pares, en brachia grandes
 
Admissura toros, et longas Principis olim
 
Porrectura manus, quas non nisi crimen et hostis
30
Horreat, in justos aequas aeque atque benignas.
 
Caetera quid memorem? bene sic, natura, probeque
 
Curasti; fecisse marem laus omnis et una est.
 
Mox faciat mas iste mares, quos mascula longum
 
Ditet et aeterno connectat germine proles.
35
Dij Batavûm, Dy Belgarum, Dy quotquot ubique
 
Vivitis, ardenti faciles concurrite Voto.
 
17o. Iunij. Febre correptus.

[Hastez vous de mourir, mortelz]

 
Hastez vous de mourir, mortelz1),
 
Il n'y a place dans le monde
 
Que je n'y aye mes autelz,
 
Tant ma Megere me seconde.
15
Viuent les occupations
 
Qui desarment les passions,
 
Toute froideur et toute flame
 
Charge l'esprit d'aveuglement,
 
Mais celle qui m'esgaye l'ame
20
C'est la cholere seulement.
 
Cupidon.
 
 
 
La honte du chef des guerriers2)
 
Me vault la mort de vingt Bellones.
[p. 154]

A monseigneur le prince d'Orange1).

 
Ie ne plain point le mal qui faict bouïllir mes veines,
 
Ie ne regrette point la longueur de mes peines;
 
Ma douleur tolerable a de quoy m'appaiser,
 
Et la fiebure qui bat ne faict que me baiser.
5
Ie puis me consoler d'un million d'exemples,
 
Et si les malheureux couchez deuant les temples
 
Ne m'en donnent assez; je voy ces maux courans
 
N'espargner aujourdhuy les petits ni les grands.
 
Mais un' autre langueur, une melancholie
10
Suffoque mes esprits; ha! mon Prince, une enuie
 
De me rendre à tes pieds; de te prester les doigtz
 
Qu'il t'a pleu releuer par l'honneur de ton choix.
 
Mais ces doigtz sont si morts, tant d'esprits, tant de force
 
S'en est veu retirer, qu'il semble que l'escorce
15
M'en reste seulement; la peau dessus les oz,
 
A peine chasque nerf ij trouuant son encloz.
 
Puis le jaret me faut, et le genouïl me plie,
 
Ie me porte à trois pieds; il n'y a sang ni vie
 
Dedans mon pasle front, mon visage enfoncé
20
Ressemble à un pourtraict à moitié effacé.
 
Quelle pitié, mon Prince! et quand reuiendra l'heure
 
Que je revienne à moy; que mon ame ne meure
 
De l'apprehension qui ores la deffaict,
 
Que tu prennes mon mal pour un mal contrefaict?
25
Pour une lascheté, une paresse vile
 
Qui me fasse fuïr le tracas de la ville
 
Pour me desobliger de celuy de ta Cour?
 
Mais ne puissay-je plus esperer le beau jour
 
De ton oeil gracieux, puissay-ie de ma couche
30
Ne bouger à jamais, puissay-ie cette bouche
 
Cette main, ces deux pieds ne veoir plus employez
 
Ou ton commandement les a tant enuoyez,
 
Si je me dissimule, ou si je donne une heure
 
A mes commoditez. I'ay veu que la demeure
35
D'hermite me plaisoit, que lez boiz et les champs
 
Me sembloient tousiours mieux resonner à mes chants,
 
Que je me desroboy au beau lieu où nous sommes,
 
Que j'aymoy mieux le bruict des fueilles que des hommes,
 
Que j'abhorroy le monde, et craignoy de broncher
40
Contre qui d'amitié me voulust approcher.
 
Quand cette humeur d'aucuns fut dite phrenetique,
[p. 155]
 
D'autres, plus à propos, un peu trop poëtique,
 
Mais, Prince, c'en est faict; je me suis apperceu
 
Qu'il faut sçauoir au monde, et souffrir d'estre sceu,
45
Faire l'homme par tout, l'animal sociable,
 
L'accostable, l'Adam, que la voix adorable
 
Du grand Dieu qui le fit defendit d'estre à soy;
 
C'est de quoy j'ay tiré la suitte dessus moy;
 
Et depuis la faveur que tu m'as octroyée
50
De viure Courtisan, mon humeur desployée
 
Se donne à l'Vniuers, je souffre d'estre mis
 
En tant de portions que je gaigne d'amiz;
 
Mon ame est à chascun, et si j'ay la puissance
 
I'en leue l'oppressé, j'en sauue l'innocence.
55
Mais c'est apres la part que seule je t'en doibs;
 
Prince, c'est tout ce coeur, cette main, cette voix.
 
Sus voix et main et coeur hastons nous de reuiure.
 
Mais j'attens seulement que ta main me deliure,
 
Seul Dieu de mon salut, mon unique recours;
60
Escarte ce nuage, et r'esclaire mes jours.
 
Ie n'ay eu dans le coeur mouuement ni pensée
 
Qui ta justice n'ait justement offencée;
 
Mais viens tu demander la rigueur de tes droitz
 
Au moins digne vassal de l'ombre de ta Croix?
65
Ie l'assigne, Seigneur, sur Celuy que tu aymes,
 
Sur ton Type engraué, ta Parole, toy mesmes,
 
Et ne portant ailleurs ni coeur ni oraison
 
Ie t'en ose sommer de pleine guerison.
 
Febre correptus. 19o. Iun. Hag.

Koortsige bedde-bede1).

 
Wilt dan deerniss met my hebben,
 
En de qualen eens doen ebben
 
Die my perssen vloed op vloed,
 
Valt mij niet te lastich banghe,
5
Heer, en worstelt niet te lange
 
Tegen dit onmachtigh bloed.
 
 
 
Machteloos en schuldigh kenn' ick 't,
 
Maer voor dijn gesicht bekenn ick 't,
 
Daer genade staet bij Recht,
10
Laet mijn' sonden dusend wesen
 
Boven dusenden geresen,
 
Emmers blijv ick noch dijn knecht.
[p. 156]
 
Emmers een van dijne schapen,
 
Die ghij met de trouwe wapen
15
Van dijn' Engelen besett,
 
En veel ijsigher gevaren
 
Schadeloos doen wedervaren
 
En ten halven hebt belett.
 
 
 
Doe ick langs de klippe-trappen
20
Op vier voeten moste trappen
 
Daer den afgrond nevens lagh1),
 
Daer mijn' herssenen af klagen
 
Dat sij noch een' draey af dragen
 
Als 't mij somwijl heugen magh:
 
 
25
Doe ick door den mist gedreven
 
Tij en haven mis gedreven
 
Endelick ten sande stack,
 
Daer mij niet te kiesen stonde
 
Verre van bekenden gronde,
30
Dan een bootgen als een wrack2):
 
 
 
Doe ick tuschen karr en paerde
 
Met het opperst naer der aerde
 
Viel, en hong, en niet en viel,
 
Met de handen inden teugel,
35
Met de beenen door den beugel
 
Ter genade van een wiel3)+,
 
 
 
All om hebt ghij mij gedragen,
 
En gedreight met schaduw-slagen,
 
En geschort ter halver vall.
40
En is 't nu een flauwe toortse
 
Van een ongesiene koortse
 
Die mij 't onder houden sal?
 
 
 
Waer is 't vijer, waer zijn de kolen,
 
Onder welcke darmen-holen
45
Staet den rooster die mij braeyt?
[p. 157]
 
Die haer' wonden leeren kennen,
 
Leeren aen 'tgesicht gewennen,
 
Half genesen, half gepaeyt.
 
 
 
Waer af komt de vloed en ebbe
50
Die ick in mijn' leden hebbe?
 
Waerom gaet het uerwerck vast
 
Dat soo veel kost van ontstellen,
 
Doender ons soo veel mis-tellen
 
Daer de meester staegh op past?
 
 
55
Maer het zijn dijn' diepe gronden
 
Die wij noyt en ondervonden,
 
'Tzijn dijn' wonderen, o God,
 
Daer ghij ghierighe bevragers,
 
Sterren-boorers, hemel-plagers
60
Met begrijpende bespott.
 
 
 
Nu en houd' ick 't nedrigh ooghe
 
Niet all uyt in 't zeil soo hooghe;
 
Maer ô Kenner van mijn hert,
 
Een gebeedjen moet ick lesen,
65
Wilt mij kennelick genesen
 
Van mijn' onbekende smert.
 
19o. Iunij. Hagae, febre correptus.

Sol1)+.

 
Si j'avoy moins besoin de langues que de yeulx
 
Ie meneroy du bruict sans cesse dans les Cieulx;
 
Mais n'y seruant pour tout que de torche allumée,
 
La gloire du discours est à la renommée.
5
Vous suffise, Immortelz, que maistre des saisons
 
Ie vous fasse jouïr du bien de mes rayons,
 
Que mon oeil soit le vostre, et n'y ait coin de Terre
 
De Ciel, de mer, d'enfer que sa lueur n'esclaire.
 
Vous allez descouurir la force de ses traictz
10
Les voyans affronter la Mere des attraictz.
 
Sol.
 
Dieu gard, le Forgeron des Cieux.
 
Vulc.
 
Dieu gard, le lanternier des Dieux.
 
S.
 
Dieu gard, le grand pere du monde.
 
V.
 
Dieu gard, le grand faiseur de ronde.
[p. 158]
 
S.
15
Ie te porte des nouueautez.
 
V.
 
Tu viens de chez quelques beautez.
 
S.
 
De la plus belle des plus belles.
 
V.
 
C'est me parler des immortelles.
 
S.
 
De la plus forte des putains.
 
V.
20
Cela regarde les humains.
 
S.
 
De la compagne de ta couche.
 
V.
 
Parle plus clair, cela me touche.
 
S.
 
De ta Venus, de ta moitié.
 
V.
 
Ie suis seur de son amitié.
 
S.
25
Si est bien le Dieu des alarmes.
 
V.
 
Cyclopes, accourrez, mes armes!
 
S.
 
Mais desia sont ilz à l'esbat.
 
V.
 
Ha Iupiter! le coeur me bat.
 
S.
 
Toutte ton aide viendra tarde.
 
V.
30
I'y porteray mon halebarde.
 
S.
 
Son coup de picque vault bien mieux.
 
V.
 
Ie le feray mocquer des dieux.
 
S.
 
Mais ta Venus sera mocquée.
 
V.
 
Mais ma fureur sera soulée.
 
S.
35
Mais tes cornes en paroistront.
 
V.
 
Mes freres m'y reconnoistront.
 
Mes freres infiniz, qui voz branches cornues
 
Ne cachez presque plus que dans les hautes nues,
 
Vous estez des mortelz, et je ne mourray point;
40
Contentez vous qu'un dieu vous ressemble en un point.

A monsieur Wits sergeant major general etc.1).

 
Si mon Prince me lit, qui j'espere lira
 
Ce qu'encor mille fois cette main escrira,
 
Cher Amij, sois des .. et ne souffre de grace
 
Que ma sincerité soit prinse pour audace,
5
La ronde humilité de mon intention
 
Pour un pas d'escolier, ou de presumption.
 
Di, Prince, (s'il s'en fasche) au moins en ta clemence
[p. 159]
 
Considere son mal, et preste ta defense
 
Aux imbecillitez d'un Poëte fiebureux.
10
Mais, si je me taisoy, n'en dirois tu pas mieux?
 
Hag. 21. Iun.

Caspari Barlaeo viro amicissimo cum altero carmine salutem aegrotanti falso ominatus esset1)+.

 
Heu Barlaee parum invalido valuistis amico
 
Hippocratea cohors, procul estis ab omine Vates.
 
Me gravior recidiva tenet, me tertia torret
 
Quaeque dies, mediâ Medicorum nausea torquet.
5
Jam prohibe versus, jam totum Helicona, domosque
 
Pieridum praeclude, satis sic urimur unâ
 
Febre, nec asciti face fas ardere furoris.
 
Tu quoque verte stylum. quo si Barlaee mederi
 
Non laevâ ratione voles, omitte nefandos
10
Numina vana Deos, et caeci somnia saecli;
 
Sursum oculos, animumque leva, fer seria sursum
 
Vota pius, venerare Deum, qui sidera nutu
 
Torquet, et hoc uno formavit sidera nutu,
 
Ille meum vestrâ prece delinitus, Amici,
15
Ille meum vestro flexus deliniet ignem,
 
Audi Summe Deus, nec, si quae gratia restat,
 
Longius heu! merito plenam differto salutem.
 
Febricitans. 21o. Iunij2).

Le zephire3).

 
Augmenter la froideur qui secoua mes ....
 
Mais un quart d'heure passe, et je me trouue en flame
10
En angoisse de coeur, qui fit dire à mon ame
[p. 160]
 
Ha Zephire reuien, je doibs esvanouïr
 
Si tu ne fais ce coeur viure et espanouïr.
 
Le Zephire reuient, je le reçois en sorte
 
Que j'en dis mainte fois que n'es tu une porte
15
Fenestre petit trou, pour me fair avaler
 
Plus prodigalement cette faveur de l'air.
 
Puis mon ame monta et jetta ma pensée
 
Sur l'humeur des mortelz, aussi tost repoussée
 
Que portée au desir, dont je dis, Tout puissant,
20
Que feras tu pour faire à tous le complaisant,
 
S'il ne faut rien qu'un vent et quinze momens d'heure
 
Pour faire seulement qu'un en viue, un en meure.
 
Febre correptus Hagae 25o. Iun.

'tSpoock te Muyden:
Daer ick sliep in graef Floris de v.es gevang-kamer1)+.

 
Tesselscha, die lijden kondt
 
'Tsott gerammel van mijn' mond,
 
Selver als mij dunckt ick stamer;
 
Hoort; het spoockt in dese kamer.
5
Kont ghij 't lijden? jae, ghij moet;
 
'T spoockter, maer in mijn gemoed.
 
Swanger-hoofdigh van gedachten
 
Over 'tweder-sijds verkrachten
 
Vanden meester en den knecht
10
Bey ten vuylsten aengerecht,
 
Kruyp ick tusschen dese lakens,
 
Daer ick menigh' ure wakens
 
Hanghe aenden overslagh
 
Wie men schuldigst keuren magh,
15
Of den terger, of den wreker,
 
Of den echten-bande-breker,
 
Of den breker van sijn' trouw,
 
Tegen 's lands Heer, om een' vrouw.
 
'Ksie den Graef hier liggen vloecken,
20
'Ksie hem kruypen door de hoecken
 
Van sijn omgetuymelt hert,
 
'Ksie hem smelten in sijn smert.
 
'Ksie hem zitteren van boosheidt,
 
'Ksie hem allerhande loosheidt
25
Schrapen bij den anderen,
 
Honderd mael veranderen
[p. 161]
 
+
 
Vande balcken tot haer' daken,
 
Vanden hoosband tot het laken,
 
Vande venster tot de deur
30
En verwerren in de keur.
 
Sluijter Gerrit hoor ick buyten
 
Woelen dat mijn' ooren tuyten,
 
'Khoor hem stomm'len door den nacht,
 
'Khoor hem rasen aen de wacht,
35
'Khoor hem kijven op de flauwe,
 
Reden eischen van de lauwe,
 
Bijstand van de moedigste,
 
Wrake van de bloedigste;
 
'Khoor hem roepen, lustigh Vader,
40
Lustigh, Neeff, 't is geen verrader
 
Die het luck bij 'thare vatt
 
Daer 't een ander is te gladd;
 
'Khoorse loopen met hun allen
 
Opde doen-al-oude wallen,
45
'Khoor se luystren naer een spie,
 
Die weet hoe, en waer, en wie,
 
Hoeveel Kermers, hoe veel Vriesen,
 
Hoe veel lands-luy vande biesen,
 
Waterlanders, op het IJ
50
Vallen over 's Graven zij;
 
'Ksie hem op soo swaren tijding
 
Met een masker van verblijding
 
Treden voor des Graven stoel,
 
En hem rucken naerden poel
55
Die het edel bloed most smetten
 
Doe 't de vlucht niet kon beletten.
 
'Ksie. wat sie ick achter dit?
 
'Ksie de Sonn, de muren witt,
 
['k Sie de schaduwen verdweenen]
60
[Die my vleesch en beenen scheenen,]
 
'Ksie myn selven, en mijn' schroom
 
Even ijdel als mijn droom.
 
Wie sal 't evenwel ontkennen
 
En mijn' seggens-eer niet schennen?
65
Tesselschade, 'tspoockter wat.
 
Vraegt ghij mij, hoe veel is dat?
 
'T is soo veel als oude minnen
[p. 162]
 
+
 
Door verrotte of dorre sinnen
 
Sou doen sweeren dat het Spoock
70
Vrij wat meer is dan een roock;
 
'T is soo veel als huys en hoeven
 
Huerlingen sou doen behoeven,
 
Daer het volckjen, soo gewoon,
 
Lichter dwaelt dan daer ick woon.
75
Mochten ghij en ick eens richten
 
Daer des duyvels kaers soo licht, en
 
Menschen van soo laegen trapp
 
Voor den hencker raken schrapp!
 
'Kmeen ons vonniss soude wesen,
80
All uw spoocken is uw vreesen,
 
Kont ghij 't vatten? Neen. Gij moet:
 
'Tspoockter, maer in uw gemoed.
 
Febricitans. 9o. Iul. Hagae.

Repulsa febri, ut credebam, sumpto de humanis
ossibus ramento1)+.

 
Quis mihi ventriculum tepide novus insidet hospes?
 
Quis durâ se parte sui mihi miscet, et intus
 
Pulvereo per non sua viscera depluit imbre?
 
Aureus imber eras Divûm Pater, osseus hic est;
5
Te penes inventi sit honor, quae gratia restat,
 
Vendicat hanc qui sanatum sibi vendicat autor
 
Pulueris infusi Hugenium, quem dira, minantem
 
Osse, lues soloque abigentem pulvere fugit.
 
O pulviscule, de quo tu mihi corpore cumque
10
Raderis, et cassis instauras artubus artus,
 
Re gestâ reuocatus abi; cum laude peractum est
 
Quod poteras; solidare tibi: qua relliquus unam
 
Efficies socio compactus pulvere massam;
 
Aeternam voveo videas compacte quietem.
15
Quisquis eras, voveo: voueo et si truncus Iberam
 
Clauserit iste animam; Batavorum funeris iram
 
Absolvit sepelitque dies; odisse cadaver,
 
Hispani est; Batavi, Hispanum fecisse cadauer.
 
Quin ego, si praestant Batauis Hispana, quotannis
20
Auriacus voveo serat haec medicamina Victor,
 
Auctaque perpetuis crescat Medicina triumphis.
 
Hag. 25. Iul. febriculâ correptus.
[p. 163]

Ontschuldinghe aenden heere Hooft wegen mijne sieckte.
Jn gemeten onrijm1)+.

 
Muijden, ick legg te bedde gevelt, veel platter as yemand
 
Die mette vallende sucht d'aerde van achtere' kust,
 
Koortsige kolen in heldere' brand verlange verandert
 
Doen mij den anderen dagh vreesen en viere' nochtans;
5
Seght het uw' Heer, oft weet ghij niet meer van tale, van antwoord,
 
Dien 't wel eer door uw' Heer beter as andere' stond,
 
Laet u geschien 'tgen' u noch mogelick van dage geschiet is,
 
Laet mijn' smalle' gesant door uwe grendelen in.
 
En ghij gesant staet stille voor hem, laet v kerven en houwen,
10
Geeft hem een opene borst, soo me' de vrunde' behoort;
 
Segt dan, die mij besond is Huygens, alle de dagen
 
Van sijn Leven uw vrund, alle de dagen uw knecht,
 
Wijt hem 't woord-breken' niet, hij was noyt schuldigh aen ontrouw,
 
Maer sijn' sieckte verrast beide sijn' yever en eed,
15
Yever all lang ter borste gevoedt, eed lange gesworen,
 
Soo men vrunde' beëedt, handen in hande' geklemt.
 
Staet daer Tessel om her, sij sal dat sweere' gedencken,
 
En mij daerom mogelick werpen het eerste verwijt.

Begonnen danckseggingh voor verlossing uyt deselve sieckte2)+.

 
Zynder woorden in de monden
 
Van de Volkeren der aerd,
 
Zynder seggingen bevonden
 
Grieckscher off Romeyner aerd,
5
Zynder spreucken die myn lippen
 
Vollen connen tot den boord
 
En myn lippen soo ontslippen
 
Als de donder werdt gehoort.
 
 
 
Volckeren van uyt den Westen,
10
Volckeren van d'Ooster zy,
 
'K Verg u tong en taell ten besten,
 
Voert my elck vant 't syne by:
[p. 164]
 
+
 
'K hebb een pack op schouder leggen
 
Dat op schouder-hulpe beyt,
15
'K hebb loff, prys, en eer te seggen
 
'T eeuwich licht in eewicheyt.
 
 
 
God den Schepper uwer Vadren
 
Vwer kindern hooge Voocht,
 
God, die niet en hoeft te nadern
20
Om te keuren hoe ghy dooght,
 
God, uw Vader en behoeder,
 
Die het quade van u draeyt,
 
Die u decksel huys en voeder
 
Over uwe landen saeyt,
 
 
25
'T onbegrypelicke Wesen
 
Dat de Wildste van u voelt,
 
Niemand laten kan te vreesen
 
Hoe syn hert oock wille-woelt,
 
Dien Godt hebb ick toe te schreewen
30
Vijt dit hert, door desen mond,
 
Dien door aller eeuwen eeuwen
 
Op te loven vander grond:
 
 
 
Vander grond, de laege wooning
 
Daer de mensch, de groote mier,
35
In een stadige vertooning
 
Leght en kruypt van daer tot hier.
 
Vander grond, daer ick verslagen
 
Inden brand, jae selver vier,
 
Hebb myn herte leggen knagen,
40
En myn ziel doen ruymen schier.

[Ardebat Coridon]

 
Ardebat Coridon; non quâ face torridus olim1)
 
Arserat inflexae lentos Amaryllidos ignes;
 
Non aliâ, quae Phoebe tua est, cum celsior orbem
 
Partitus medium violento sidere mordes.
5
Primam longa dies curauerat, altera fago
 
Leniri poterat, leniri saepe solebat.
 
Heu longe grauiore foco, magis igne perenni
 
Ardebat Coridon, caecis per viscera flammis
 
Non magis incertum circumducentibus orbem
10
Quam coeli per inane vices, per littora, Nerei.
 
Cum pueri pallorem et nil Coridonis in illo
[p. 165]
 
Lumine, nil illâ soliti sub fronte ruboris,
 
Intuitus pallore pari, prae luctibus, Aegon,
 
Aegon primus amor Coridonis, et ultimus Aegon
15
Talibus incauti ferijt praecordia verbis.

Aen sterre1)+.

 
'Khebb tongen t' mijn' verdoen: 'khebb dorpen min dan Steden
 
Ten uytvoer van mijn' saeck beleefdelick bereidt;
 
'Khebb vrienden, in getal, als 'tsand ten oever leit,
 
In aensien, menighmael meer waerd dan mijn' gebeden;
5
'Khebb, hadden 't andere, sij wisten 't te besteden
 
Ten plaester yeder een van sijn' afsienlickheid;
 
Maer, ô mijn laeste keur van nu in eewigheid,
 
Voor haer gemeene gonst verkies' ick verr uw Reden;
 
Uw' reden, en alleen uw' reden soeck ick aen;
10
Verbiedt ghij mij die door om t'uwent in te gaen,
 
'T sal noyt mijn' trachting zijn van sijdweghs in te delven.
 
Neen, Sterre, 'kben jalours van wat u eigen is,
 
En wie wat met u deeldt maeckt dat ick 'tmijne miss,
 
Soo soeck ick u alleen te dancken voor uw selven.
 
Vltrajecti. XIo. Sept.

Aende selve2)+.

 
Oft vrij ick averechts; oft most ick mij doen dragen,
 
En veilen ter genaed' van d'een' oft d'ander' tong;
 
Die mij gingh schilderen voor aengenaem, voor jong,
 
Voor wel en wijsselick besteder van mijn' dagen,
5
Voor vroed, voor lettermann, voor fix op alle vragen,
 
Voor regen-rijck in 't natt daer Leda van ontfong,
 
Voor all dat ijemand is die oyt na Sterre dong,
 
En voor mij uyt den bedd', na mijn wild dorste jagen?
 
Neen, Sterre, stondt ghij schoon op d' uytspraeck van dat woord,
10
Mits mij een derde mann dat woord most overtellen
 
In soo verdeelden gunst soud' sich mijn' ongunst quellen,
 
En 'tsall mijn vijand zijn wie dat het voor mij hoort.
 
Nu vrij ick u der moeyt, en tred' u selver tegen,
 
Segt jae, maer seght het mij, dat zijn de kortste wegen.
 
In Castris, Millingen 17o. Sept.
[p. 166]

Aende selve1).

 
De sterren-konst lydt last: dat heefts' u danck te weten,
 
Mijn' Sterre, mijn Comeet geworden met een' lonck.
 
Wel hebb ick droogen damp sien gloeyen tot een vonck;
 
En strax van niet tot ijet, en weer te niet versleten;
5
Maer sift ick all 'tversier van ghissers, van poëten,
 
Van Hemel-cijferaers, ick vind'er oud noch jonck
 
Die de Nature derv' belasten met dien spronck,
 
Dat ongesien verschepp van Sterren in Cometen.

Sur ma hutte2).

 
Faisons la mouë à Diogene,
 
A sa besace et à son eau,
 
Comme le pin cede à l'ebene
 
Ma hutte cede à son tonneau.
5
Palais de paille, ma retraicte,
 
En mesme temps fondée et faicte,
 
Royaume comme je suis Roy,
 
Deuant toutte philosophie
 
Ie veux que nostre modestie
10
Ne trouue rien d'esgal à soy.
 
 
 
Qui me dira que le Cynique
 
N'ayt choisi le tonneau exprès
 
Par speculation physique,
 
Pour s'en eschauffer de plus près?
15
Qui me dira qu'en cette lie
 
Il n'ayt trouué son eau de vie,
 
Que ces douces exhalaisons
 
N'ayent illustré ses paraboles,
 
Et faict accroistre en ses paroles
20
L'estime que nous en faisons?
 
A Vijnen 8bri (Oct.)3).

Kommerlick ontwaken4)+.

 
Sonn, zijt ghij daer allree? Dagh, zijt ghij weer aen 't kriecken?
 
Nacht, zijt ghij soo voorbij, zoo vroegh, met sulcke wiecken,
 
Soo vochtigh en soo vlugg? O swarten oogenblick,
 
O Doodsdhalf, daer ick mij soo gaeren in verstick,
[p. 167]
5
Hoe loopt ghij soo te loôr, en laet mijn' Ziel verleghen
 
Om ongevoelickheid, den aller dooden seghen,
 
En ruckt mij onvoorsiens uw' bruyne deken af,
 
Uw' sarck-steen van mijn bedd, mijn boven-aerdsche graf?
 
Jck was, en wist het niet; ick lagh, en hadd geen wesen
10
Van leggen noch van zijn; met d'ongenucht van 'tvreesen,
 
Met d'onrust vande hoôp en hadd ick niet gemeens,
 
Mijn hert, mijn' herssenen, mijn' sinnen waren eens.
 
Wat scheelt het nu, mijn hert, mijn' herssenen, mijn' sinnen,
 
Wat scheelt het nu van eens! hoe woelen wij van binnen,
15
Hoe vallen wij te hoop van d'ure dat ick waeck
 
En sluype t'mijnent in door 'tsplijten vanden vaeck!
 
* * *
 
Op 't Huys te Doornich,
 
Half droef, halff toornich1).
 
 
 
Van d'ure dat ick waeck2)+
 
En sluype t'mijnent in door 't splijten vanden vaeck,
 
Staet Sterre voor mijn' ooghen,
 
Mijn' ooghen trane-vocht, die dan maer eerst en drooghen,
5
Gelijck de dauw verdwijnt
 
Van dat de Morghen-sonn de droppelen beschijnt.
 
Sterr, segh ick, Morghen-Sterre,
 
Die verre van mij staet, en noch, en noch soo verre,
 
En noch soo verre laet,
10
[Als daer het hooghste licht van all' in 't ronde gaet,]
 
Hoe kont ghij Sterre wesen
 
En houden teghens mij soo staegh, soo fieren wezen,
 
En staen als een Comeet
 
Die, verr van tintelen, van wencken niet en weet?
15
Kan 't Sterren-licht bevriesen,
 
En gaen de Sterrheit quijt, en heel de daed verliesen
 
En houden heel den naem?
 
En, Sterre, staet ghij toe dat sich Nature schaem'
 
Der plaetse die s' u gonde
20
Van doe sij 'thelle holl der Hemelen berondde,
 
En van genoeghen loegh
 
Mits dats' u naerde Sonn de tweede plaets opdroegh?
[p. 168]
 
All kont ghij mij vergeten,
 
Die heldere geboort en mooght ghij niet ontweten,
25
En onder uw geslacht
 
Soo menigh minder licht dat stadich staet en lacht.
 
* * *
 
Embricae Nouemb.1).

Martialis lib. 12. Epigr. 50. Daphnonas, Platanos etc.2)+.

 
Vrouw, uw huys is voll geflickers,
 
'Tspiegelt aller wegh' om best;
 
Steenen als verglaesde knickers
 
Staen ten Schouwen in gevest;
5
Vloeren als bevrosen Stroomen
 
Decken d'aerde van uw' erv;
 
All wat steenen-quisters droomen,
 
All haer kostelick verkerv,
 
All wat beitels, all wat schaven
10
Redden konnen tot den koop,
 
All wat hamer kan beslaven
 
Vind ick t'uwent over hoop.
 
Maer uw' Vloeren zijn soo ijsigh,
 
En uw' Trappen soo geladd,
15
Dat de luyden dencken bij sich,
 
O die t'huys gebleven hadd,
 
Daermen gaen magh sonder glijen
 
Met de voeten inden schoen,
 
Daer de Vrouw kan sien en lijen
20
Dat de Mann sijn' longher boen',
 
Daer het spouwen buyten boet is,
 
Boet die hier t'ontgelden staet,
 
Boet die bitter als het roet is,
 
Boet van Vrouwen suer gelaet.
25
Kom ick trillen uyt het slijck, en
 
Uyt de sneew, en uyt den wind,
 
'Kderv uw' Schoorsteen niet bekijcken
 
Daer ick soo veel Marmer vind,
 
Marmer, Ebben, Alabaster,
[p. 169]
 
+
30
Daer ick dan soo wel bij voegh
 
Dat u dunckt mijn aensicht past'er
 
Koud en bleeck en stijff genoegh.
 
Wie sou sulcke steenen verghen
 
'Tvijer te dragen uren langh?
35
'Tis de Diamanten tergen,
 
En de beste valt het bang.
 
Meen ick mij de warmt te geven,
 
En verwandelen de kouw,
 
'T waer ten naesten te vergeven,
40
Maer mijn' voeten zijn te rouw:
 
Wie sou slijck en slobber gonnen
 
Sulcke vloeren te begaen,
 
Wie soud 't doen en slapen konnen
 
Naer de misdaed waer' gedaen?
45
Klaegh ick van gesonder maghe,
 
Roept sij moord van hongers-nood,
 
Wie sou sulcken tafel-schraghe,
 
Sulcker Stoelen ebben-poot
 
Jn gevaer van voeten stellen,
50
Sulcken krakenden servett,
 
Sulcke dunne tafel-vellen
 
In gevaer van vuyl en vett?
 
Soeck ick 'trusten opden avond,
 
En den stroy-sack op het bedd,
55
Off de pluymen diemen na vond,
 
Sachter dan 't West-Jndisch nett,
 
Wie sou sulcken trapp besteigren
 
Die na sulcken kamer leidt
 
Daermen sulcken bedd sou weigren
60
Aen der Pausen heilicheit?
 
Somma, 'thuys is niet te laken,
 
'Tis voll kostelick vermaken
 
Vande vloeren tot de daken;
 
'Theeft wat handen konnen maken
65
Aller luyden aller spraken;
 
Waer begeerte na kan haken
 
Siet het ooghe rondom blaken,
 
Moghten 't graghe sinnen smaken,
 
Moghten 't hand off voeten raken;
70
Maer sij mogen 't niet genaken,
 
Alle micken zijnder staken.
 
Slapens nood met nood van waken,
[p. 170]
 
+
 
Ongerief van holle kaken,
 
(Seker' hulpe tegen 'tbraken)
75
Tanden die van koelte kraken
 
En veel liever korsten braken,
 
Ongebruyck van alle saecken
 
Tafel, Bedd, Steen, Hout en laken,
 
Is het sekerst datme'r siet:
80
Vrouw, hoe wel en woont ghij niet!
 
Arnhemi 18o. Nouemb.1).