Archives ou correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassau (première série). Tome I 1552-1565


auteur: G. Groen van Prinsterer


bron: G. Groen van Prinsterer, Archives ou correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassau (première série). Tome I 1552-1565. S. en J. Luchtmans, Leiden 1841 (tweede druk)  


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DBNL vignet

[p. 446]

*Lettre CXXIII.
+Guillaume Landgrave de Hesse au Comte Louis de Nassau Il lui donne avis des menées du Pape par rapport aux affaires des Pays-Bas.

....Wir wollen euch auch günstiglichen nicht verhaltten das uunsz gleublich zugeschrieben worden, das durch heymbliche, geschwinde practicken des Bapsts, den herrn vom Perlament(1) in Prabandt, nemblich als dem Prinzen zu Uranien und Egmont, und anderen die Regieruug von Kön. Wür. zu Hispanien gar abgekundet und das an deren stadt andere ausz Hispanien, doch Niederländer, nemblich der Cardinal von Grandvel und der Hertzogh von Arschott(2) wider verordnett sein sollen. Wiewol wir nun demselben gar keinen glauben geben, so begeren wir doch gönstiglichen uns daszelbige bey jegenwerttigen unsern laggeyen vertreuwlichen zu schreiben, dann wir solchs zu wissen gros verlangen tragen. Datum Marpurgh, den 11ten Decembris Anno 1565.

 

Wilhelm L.z. Hessen.

 

Wo1 die zaitunge war, wie ich nit hoff, stet zu besor-

[p. 447]

+gen, das es viel ein grossere consequentz werde bedeeten.

Dem Wolgebornen unserm lieben Vettern unsern besondern Ludwigen, Graven zu Nassauw Catzenelnpogen, Vianden und Dietz.

Le Prince d'Orange avoit pris part à la délibération du Conseil d'Etat où il fut conclu que, ‘considéré l'expresse volunté de sa Majesté, il ne se pouvoit faire autre chose que d'exécuter ses mandemens et par conséquent advertir les Gouverneurs, Consaulx et Chefs des villes’ Hopper, Mém. 60. Ces conclusions furent entièrement en harmonie avec son avis, car ‘les trois Seigneurs estant tousjours conformes et de mesme opinion entr'eulx ne voulurent donner leur voix au poinct de l'inquisition, disans que puisque le commandement de Sa M. estoit sy absolut et exprès, qu'il n'y avoit à traicter sur iceluy,... ains tant seulement d'exécuter et avertir aussy de ce les Consaulx et autres..., veuillans toutesfois bien déclarer qu'ilz craindent fort de grands inconvéniens, qui bien tost pourroient succéder à cause d'icelle résolution.’ l.l. p. 59. Et dans sa Défense, le Prince lui-même rappelle cet avertissement. ‘Wij hadden te vooren in den vollen Raet van Staten voorseijt aan Mevrouw de Regente dat wij sorgden datter uit volgen soude, te weten dat de resolutie van sijnder Majesteit wel eenige groote beroerte soude mogen maken.’ Bor, I. Auth. St p. 9
La présence du Prince au Conseil d'Etat, dans cette séance remarquable, n'est donc pas douteuse. C'est à tort qu'on n'a cru pouvoir la concilier avec ce qu'il écrivit le 24 janvier suivant à la Duchesse de Parme, au sujet des mêmes ordres du Roi: ‘N'ay esté requis d'advies en chose de si gran poix et conséquence:’ (II. p. 17): car il ne se plaint pas de la Duchesse: c'est le Roi qui n'avoit pas demandé son avis. Lors du départ du Comte d'Egmont, les Seigneurs dirent que ‘S.M. pourroit considérer, s'il luy pleut demander l'advis d'iceux, et d'autres Seigneurs et Chevaliers, qui de bonne volunté y feroient tout bon debvoir,’ et à son retour ils étoient fort mécontents de ce que, ‘par l'instruction que le Comte avoit apporté, S.M. ne demandoit l'advis de ceux du Conseil d'Estat.’ Hopper, l.l., 43, 50.
[p. 448]

+On s'étonne que le Prince se soit opposé au conseil de Viglius, qui vouloit la non-exécution provisoire des ordres du Roi, protestant qu'il ‘recevroit l'indignation de S.M. à sa seule charge:’ l.l. Mais on n'a pas assez remarqué que Viglius étoit d'accord sur la bonté du but et désiroit uniquement plus de circonspection dans les moyens; tandis que le Prince, qui vouloit la liberté de conscience, ne pouvoit guères, après un refus si constant et maintenant si positif, se flatter encore que le Roi changeroit ou modifieroit ses déterminations à cet égard.
Enfin dans la Vie de Viglius on reproche au Prince (et cette accusation a souvent été reproduite) d'avoir, aussitôt que son avis eut prévalu, dit à quelqu'un à l'oreille, joyeux et triomphant, Nous verrons bientôt le commencement d'une belle tragédie. (‘Hac conclusione accepta, Princeps Auriacensis cuidam in aurem dixit, qui post id retulit, quasi laetus gloriabundusque: visuros nos brevi egregiae tragoediae initium:’ Vita Viglii, p. 45) Il est très possible que le Prince ait dit quelque chose de pareil; mais ces mots prophétiques furent sans doute prononcés avec l'accent et l'expression de la douleur. Quel motif eût-il eu de se réjouir? Il ne pouvoit, ni servir le Roi, en persécutant ceux dont il commençoit à partager la foi, ni demeurer le chef d'une résistance que de pareils ordres alloient pousser hors des voies de la modération. Il s'abstint désormais de venir au Conseil d'Etat et se retira dans ses Gouvernements: pour lui-même il n'y avoit à prévoir que la nécessité de se démettre de ses charges et d'aller en exil; pour les Pays-Bas que tumultes, bouleversements, désolation.